Relance et décentralisation du logement (Procédure accélérée)

Mme la présidente.  - L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement.

La procédure accélérée a été engagée sur ce texte.

Discussion générale

M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement .  - Je souhaite vous parler de Sarah, 24 ans, qui cherche son premier emploi. Elle le trouve ; le poste lui plaît. Mais au moment où sa vie devait s'organiser, tout bloque. Pas un logement disponible à moins d'une heure de l'entreprise. Elle renonce.

Éric, 67 ans, vient d'hériter d'un appartement près de la gare, qui pourrait rendre service à Sarah. Il voudrait le louer, aurait besoin du loyer, mais son appartement présente un diagnostic de performance énergétique (DPE) G et la loi lui interdit toute location. Les banques refusent de lui prêter de quoi le rénover. Pour emprunter, il faudrait avoir des loyers...

Khadra, 30 ans, annonce à son mari qu'elle attend son premier enfant...

M. Yannick Jadot.  - Ah !

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Mais il leur faudrait une chambre en plus. Le plus beau projet de leur vie devient une source d'inquiétude.

Mathieu, jeune maire, voit ses permanences devenir un bureau des plaintes sur le logement : une mère seule avec deux enfants, une dame âgée, un jeune qui voudrait travailler dans le territoire, un papa qui fuit un logement indigne. Les demandes de logement social sont toujours en attente, parfois depuis cinq ans. Il écoute avec compassion et frustration. Il connaît les friches où l'on pourrait bâtir. Mais avec les procédures, les délais, aucun immeuble n'est sorti de terre.

Quatre exemples, mais j'aurais pu vous raconter 4 millions d'histoires similaires : 4 millions de mal logés, une crise qui gagne la majorité de la société française. Le logement est un sujet tentaculaire. Ce n'est jamais seulement le logement : c'est la famille, la santé, l'école, le travail, la sécurité, l'émancipation, l'égalité des chances, l'aménagement du territoire... Voilà pourquoi la crise est si douloureuse : le logement est le coeur des fractures françaises.

C'est pour cela qu'il faut une réponse d'ensemble, et c'est l'objet de ce projet de loi. Il y a urgence.

Le Sénat y a répondu. Si nous pouvons examiner ce texte, c'est grâce à Gérard Larcher, qui s'est mobilisé pour que le Sénat l'examine en premier. Merci aussi à Mme Estrosi Sassone et à M. Bleunven ; grâce à vos questions d'actualité du 24 juin dernier, cet examen a été hâté.

C'est le combat du Premier ministre : résoudre la crise du logement, et engager la décentralisation chère à Françoise Gatel.

Disons les choses : on ne produit pas assez si l'on ne mobilise pas l'investissement ; on ne construit pas assez vite si l'on ne simplifie pas les procédures ; on ne fait pas la transition écologique en se bornant à retirer des logements du marché ; on ne réussit rien dans la durée si on décide trop loin des maires.

C'est pourquoi ce texte assume quatre chocs.

Nous avons eu l'occasion de les examiner dans la proposition de loi visant à conforter l'habitat, l'offre de logements et la construction (Choc) de Dominique Estrosi Sassone.

Premier choc : l'investissement. Nous avons besoin de tous ceux qui peuvent investir. Je ne parle pas des milliardaires, mais des petits propriétaires qui logent 25 % des Français, ou des épargnants, qui acceptent d'investir leur argent dans la pierre. On ne dort pas dans un PEA, comme le dit Dominique Estrosi Sassone.

La loi de finances pour 2026 a inauguré un nouveau statut pour ces investisseurs, sur la base du rapport de Marc-Philippe Daubresse commandé par Valérie Létard. Efficace pour la construction neuve, nous devons le rendre plus attractif pour la rénovation dans l'ancien.

Deuxième choc : la simplification. Des centaines de programmes de logements attendent et mettent parfois plus de dix ans à sortir de terre alors que la construction ne dure que deux à trois ans au maximum ; la différence est due à la paperasse et à la bureaucratie.

Nous avons le devoir d'encourager les bâtisseurs, d'autant que notre pays sait faire vite. Notre-Dame de Paris, incendiée, a été reconstruite en cinq ans. Pour les jeux Olympiques, des dizaines de sites sont sortis de terre en deux ans. Nous pouvons lancer les jeux Olympiques du logement ou le Notre-Dame de la construction. (M. Yannick Jadot s'exclame.) C'est tout l'esprit de l'article 2 et des opérations d'intérêt local (OIL), un outil d'accélération placé entre les mains des maires pour porter une vision territoriale globale. Je crois en l'efficacité du couple maire-préfet ; je regrette que la commission ait supprimé le rôle de garde-fou du préfet. Sans lui, l'outil perd de sa force.

Troisième choc : la rénovation. Il n'y aura pas de relance durable du logement sans rénovation massive du parc social ou privé. D'ici à la fin de l'année prochaine, quelque 700 000 logements seront concernés par l'interdiction de location liée au diagnostic de performance énergétique (DPE), alors que les Français n'en ont jamais autant manqué. Si nous voulons nous débarrasser de ces logements, ne changeons rien, mais si l'objectif est de rénover les passoires thermiques, agissons courageusement ! Ce projet de loi est pour Éric, notre jeune retraité, pour qui s'appliquera le principe « tu rénoves, tu reloues ». (M. Guy Benarroche ironise.)

Un pari gagnant pour Éric, le propriétaire qui peut financer la rénovation de son logement ; gagnant pour Sarah qui cherchait un logement ; gagnant pour les artisans, mais aussi pour le climat.

À la vague d'interdictions, je préfère une vague de rénovations.

Je salue l'engagement et le courage d'Amel Gacquerre, soutenue par le président de son groupe Hervé Marseille. Vous ouvrez la porte à une écologie de l'action plutôt qu'à une écologie punitive. (M. Yannick Jadot soupire.) Interdire c'est facile ; rénover c'est courageux.

Quatrième choc : la décentralisation. Nous décidions du logement de trop loin. Reprenons l'exemple de Mathieu, notre jeune maire : il connaît ses habitants et les friches à réhabiliter, mais il n'a pas la main.

Chaque village a ses propres besoins que seuls les élus locaux peuvent défendre. Et qui mieux que les sénateurs peuvent défendre les élus locaux ?

C'est le sens des articles 9 et 10 du projet de loi qui lance un acte de décentralisation. La proposition de loi de Jean-Michel Arnaud visant à rendre aux élus locaux leur pouvoir d'agir ouvrait la voie.

Cet acte de décentralisation avait été promis par le Premier ministre. Françoise Gatel en reparlera. Ces articles font des intercommunalités de véritables autorités organisatrices de l'habitat (AOH). Ils confient aux maires la gestion du contingent préfectoral et leur redonnent leur place pour l'attribution des nouveaux logements sociaux, sur la base du volontariat, car il n'y a de bonne décentralisation que choisie.

Nous portons cette confiance dans nos quartiers, avec un troisième programme national de rénovation urbaine (PNRU), un Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) à 360 degrés, dans ce texte. Madame Primas, vous connaissez ces quartiers et ses financements, ce plan est le vôtre.

On ne refait pas un quartier à coups de bulldozer dans ses murs, mais par ceux qui y vivent. C'est pourquoi on refait l'Anru à 360 degrés.

M. Pierre-Alain Roiron.  - Cela n'a rien à voir... (Mme Audrey Linkenheld renchérit.)

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Ce texte arrive enrichi, amélioré et discuté.

Merci à Mmes Estrosi Sassone, Amel Gacquerre, Sophie Primas et M. Hervé Marseille, au groupe Les Républicains, au groupe Les Indépendants et au RDPI, particulièrement à François Patriat à qui je souhaite une excellente retraite sénatoriale.

Mme Audrey Linkenheld.  - Et nous ? (Plusieurs sénateurs de la gauche renchérissent.)

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Vous avez sécurisé juridiquement certains dispositifs, clarifié et verrouillé ce qui devait l'être. Vous avez repris plusieurs mesures de la proposition de loi Choc, c'est une bonne chose, notamment sur la simplification des loyers du parc social.

Vous avez ouvert un chantier essentiel sur le confort d'été, porté par l'actualité. Une partie du pays étouffe, voire brûle. Certains ferment les volets dès le matin, sans parvenir à retenir la fraîcheur. Une chambre d'enfant sous les toits peut devenir un véritable enfer. (M. Guy Benarroche s'exclame.) Pendant des décennies, nous avons pensé la rénovation contre le froid, mais le logement doit aussi nous protéger de la chaleur. Je vous remercie d'avoir ouvert ce chantier.

La franchise m'oblige à souligner les divergences, notamment sur le coeur même de ce texte : la confiance dans le local. Certains amendements remettent en cause l'article 8 renforçant le statut d'AOH. Ce serait rétablir une barrière à l'entrée.

D'autres veulent vider l'article 9 de sa substance, mais on ne délègue pas une compétence à moitié ; déléguer les attributions de logements sociaux aux maires impose de le faire en totalité.

Les maires réclament cette confiance : hier, une tribune d'une centaine de maires à l'initiative de Gil Avérous, maire de Châteauroux et président de Villes de France, proclamait : « il n'y aura pas de relance durable du logement sans les maires ». Je fais mienne cette phrase.

Le Gouvernement aborde ce débat dans un esprit ouvert et de dialogue pour aboutir à la copie la plus complète possible.

Souvenez-vous des exemples de Sarah, Éric, Khadra, Mathieu et des 4 millions de Français mal logés.

C'est pour eux que nous sommes là aujourd'hui, pour investir, rénover et faire confiance, pour que 2 millions de logements sortent de terre d'ici à 2030, pour que toute l'équipe de France du logement ramène la coupe à la maison.

Nous pouvons transformer la crise du logement en opportunité. Quand on transforme notre pays, on le répare, alors réparons la France ensemble. (Mme Nicole Duranton, M. Daniel Fargeot et Mme Sophie Primas applaudissent.)

Mme Françoise Gatel, ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation .  - Le logement a été longtemps perçu comme une politique simple, utile, identifiée et évidente.

Sans renier sa vocation première, le logement est devenu un élément structurant de l'aménagement du territoire et un élément de cohésion nationale.

D'ici à 2050, la France devra loger 3,5 millions de ménages supplémentaires, particulièrement dans des zones en croissance démographique comme le littoral atlantique ou le Sud-Ouest. Presque tous les territoires devront adapter leur offre au vieillissement de la population.

Ce projet de loi apporte des réponses aux attentes des élus locaux, crée des projets d'intérêt local, accélère la construction de logements là où c'est nécessaire.

Le logement est l'un des principaux leviers de revitalisation des territoires. Un territoire qui ne loge plus est un territoire qui décroche. Le logement est une condition de la vitalité de nos territoires, et une expression concrète de la promesse républicaine d'égalité territoriale.

Cette évolution a été intégrée par les collectivités et accompagnée par le Gouvernement : avec Action coeur de ville, Petites Villes de demain et Villages d'avenir, nous avons montré qu'une centralité ne se décrète pas ni ne se revitalise uniquement par l'implantation de commerces, mais se construit d'abord par l'habitat et la présence d'habitants qui forment le flux nécessaire au dynamisme commercial.

Toutes ces actions participent de la même ambition : un aménagement du territoire qui ne laisse aucun espace en marge. Aucune politique ne peut ignorer une réalité persistante. Nous pouvons accompagner l'implantation d'une industrie, d'un service public, mais encore faut-il loger ceux qui y travaillent. Partout le même constat : le logement est devenu le point de tension qui bloque l'action publique.

La crise du logement fait l'objet d'un consensus large. Il faut assumer ce changement d'échelle. La prise en compte des centres anciens dégradés dans le nouveau PNRU est un atout complémentaire. La force de frappe de l'Anru, par son ingénierie et son appui juridique, sera un atout essentiel pour les territoires rencontrant des difficultés.

Ce texte renforce la décentralisation en matière de logement. Il ne se limite pas à répondre à la crise du logement, mais opère un déplacement plus profond s'agissant de la conception même des politiques de l'habitat. Nous entrons dans une logique de responsabilité partagée où les territoires co-organisent la politique du logement. C'est une décentralisation non de confort, mais d'efficacité et de responsabilité.

Nous poursuivons les avancées amorcées dans la loi de 2004 sur les aides à la pierre et avec la loi 3DS sur les AOH.

Le texte consacre le rôle des intercommunalités dans la politique de l'habitat. Il promeut une gouvernance plus intégrée des attributions de logements sociaux et la gestion du contingent préfectoral pour redonner aux intercommunalités leur rôle de chef de file dans la politique de peuplement.

Il réaffirme avec force le rôle du maire. Aucune ingénierie territoriale ni aucun autre dispositif ne peuvent se substituer au maire, qui connaît intimement son territoire et qui en a la responsabilité.

Ces dispositions procèdent d'une même logique : faire confiance aux territoires sans renoncer à la cohésion nationale. L'État se recentre sur ce qui fait sa force : fixer le cadre, garantir l'équité, organiser la solidarité entre les territoires. C'est aussi un État qui reconnaît une réalité : l'efficacité de la politique du logement passe par l'accroissement de la capacité des collectivités territoriales à décider et à agir.

Ce projet de loi comprend un volet de déconcentration et de décentralisation.

Après la proposition de loi Statut de l'élu local, le projet de loi Transports, le projet de loi sur l'extension des prérogatives des polices municipales et le projet de loi portant simplification des normes applicables aux collectivités territoriales, le Gouvernement aura montré sa volonté d'agir pour redonner du pouvoir aux élus locaux.

Le Gouvernement vous propose de traduire dans la loi cette confiance dans l'efficacité territoriale et sa diversité, lucide, exigeante et républicaine.

Il vous reviendra ensuite de compléter cet ensemble législatif, par le renforcement de la cohérence de l'État local autour du préfet de département et de son pouvoir d'adaptation des normes. (M. Vincent Capo-Canellas applaudit.)

Mme Dominique Estrosi Sassone, rapporteur de la commission des affaires économiques .  - (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC) Ce projet de loi était attendu de longue date. Au Sénat, dès novembre dernier, j'avais déposé avec M. Mathieu Darnaud la proposition de loi Choc adoptée en janvier dernier au Sénat.

C'est pourquoi, en dépit d'un calendrier d'examen resserré, nous n'avons pas été pris au dépourvu. Certains articles s'inspirent de nos travaux : je remercie le Gouvernement d'avoir reconnu leur qualité.

Les bailleurs sociaux et nos concitoyens ont besoin de réponses face à la crise du logement. Ce texte s'inscrit dans une volonté de redonner confiance aux élus locaux.

Je ne reviens pas sur les articles 1er à 6 qu'Amel Gacquerre et Sophie Primas présenteront. L'article 1er s'inscrit dans le sillage de nos travaux. Notre commission défend l'Anru et appelle à un troisième PNRU.

L'article 7 encourage les bailleurs sociaux à rénover leur parc en permettant, après travaux, l'augmentation des plafonds de loyers des conventions APL des logements sociaux anciens. La commission a ajouté trois mesures de simplification et prolongé de cinq ans l'expérience de loyer unique mis en oeuvre avec succès dans le parc social de Rennes.

L'article 8 renforce les prérogatives des AOH, créées par la loi 3DS, et restées trop longtemps une coquille vide. La commission a apporté une seule modification de fond à cet article : le statut d'AOH ne doit pas être attribué automatiquement, car il emporte des compétences renforcées.

À l'article 9, la commission a davantage remanié le texte. La délégation du droit au logement opposable (Dalo) aux collectivités territoriales avec transfert de responsabilité, proposée par le Gouvernement, ne correspond à aucune de leurs demandes. Il leur transfère une responsabilité lourde sans compensation financière, alors que les astreintes Dalo ont coûté plus de 25 millions d'euros par an entre 2015 et 2020.

Si certains territoires, notamment franciliens, voudraient peut-être l'assumer, ce n'est pas le cas de toutes les communes. La commission propose de s'en tenir au cadre juridique en vigueur qui permet de déléguer le Dalo aux EPCI ; une telle délégation n'est effective qu'à Rennes et à Compiègne. Le texte de la commission offre aussi cette possibilité aux départements. Nous soutenons aussi l'extension par amendement de l'article 8 aux établissements publics territoriaux (EPT), notamment franciliens.

La gestion du Dalo par les communes peut être source d'incompréhension et de frustration. Quand un maire construit des logements sociaux, il est inacceptable qu'il voie l'attribution lui échapper et l'État lui imposer les Dalo d'autres communes. C'est tout le sens de l'article 10 qui prévoit la délégation du contingent préfectoral pour toutes les primoattributions de logements sociaux. Le Dalo est un droit opposable et non une réponse au fil de l'eau dans une gestion en flux.

Le reste de l'article 10 replace les maires au coeur de l'attribution des logements sociaux au moyen d'un droit de veto motivé. La commission a rétabli des dispositions supprimées par le Gouvernement.

Je forme le voeu que nous adoptions un texte utile et qui apporte des réponses concrètes à ceux qui attendent depuis longtemps de mener à bien leur projet de vie. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Vincent Capo-Canellas applaudit également.)

Mme Amel Gacquerre, rapporteure de la commission des affaires économiques .  - (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Républicains) Déposé voilà un peu plus d'une semaine, ce projet de loi a été examiné par la commission il y a six jours à peine. Malgré les délais très contraints, la commission a été au rendez-vous, estimant que les enjeux qu'il traite ont suffisamment attendu.

Je pense au PNRU 3. Depuis vingt ans, la rénovation urbaine a transformé les quartiers, sans être achevée. Il fallait prendre le relais. Nous saluons la création de ce troisième programme doté, dans un premier temps, de 5 milliards d'euros et élargi aux quartiers de villes moyennes en difficulté. Notre priorité est de sécuriser les financements dans le contexte budgétaire actuel et d'éviter le saupoudrage.

L'article 2 permet aux collectivités territoriales en déficit de logement de délimiter les périmètres où accorder des dérogations au PLU et où l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France (ABF) serait transformé en avis simple.

La commission a estimé qu'il appartenait aux collectivités territoriales et non pas au préfet de décider d'y déroger et a réduit la durée de ce dispositif dérogatoire à cinq ans, renouvelables, pour ne pas dévitaliser les PLU, bons outils de planification.

Compte tenu de l'urgence de relancer la production de logements, je défendrai un amendement pour renouveler deux fois les périmètres de développement du logement, afin de proroger d'autant les dérogations au PLU, afin qu'elles bénéficient à l'ensemble des phases d'opérations complexes.

La commission a aussi mieux associé la population à la définition de ces périmètres, condition d'acceptabilité de cette dérogation.

Le caractère technique de la rationalisation des procédures de mise en compatibilité des documents d'urbanisme justifie le choix de l'habilitation à légiférer par ordonnance. Il faut mieux encadrer l'habilitation pour préserver les prérogatives des collectivités, et nous appelons le Gouvernement à impliquer les associations d'élus.

L'article 5 vise à donner les moyens à l'établissement public de Paris La Défense d'accompagner la transformation de ce site, dont le modèle économique s'essouffle, vers la multifonctionnalité.

L'article 6 reprend ma proposition de loi Rénovation énergétique, adoptée au printemps 2025. L'objectif est d'éviter la sortie sèche de 600 000 logements du parc locatif privé ; il sécurise les bailleurs de bonne foi. Le propriétaire qui s'engage à rénover peut continuer à louer son logement.

La commission a réintroduit plusieurs apports en faveur des bailleurs, non retenus par le Gouvernement, notamment pour adapter les logements aux fortes chaleurs, le « confort d'été » - dont on voit avec les canicules que, plus qu'un confort, c'est une nécessité vitale.

Nous avons aussi proposé la transformation des avis conformes en avis simples des ABF pour faciliter les choses.

Nous voulons donner aux élus locaux les moyens d'agir pour construire davantage, rénover et adapter les logements. (Applaudissements sur les travées des groupes UC, Les Républicains et sur quelques travées du groupe INDEP)

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis de la commission des finances .  - (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC) Je me réjouis que nous examinions ce sujet, même dans la précipitation. Il faut résorber la crise sans précédent du logement : la part du revenu qui lui est consacré est passée de 16,7 % en 2006 à 22 % en 2023 ; l'interdiction de louer des logements classés F et G a écarté 700 000 logements ; le parc social est soumis à une forte tension, le nombre de demandeurs étant de 2,8 millions en 2025, contre 2 millions en 2017. Les secteurs de la construction et de la promotion immobilière sont en crise ; le nombre de logements autorisés entre janvier 2020 et décembre 2025 a diminué de 40 %.

Ce texte peut dégripper le secteur, mais la sortie de crise relève d'une dynamique d'ensemble. La commission des finances a examiné l'article 4, relatif au bailleur privé, qui a fait l'objet d'une cinquantaine d'amendements. Il assouplit les conditions pour lesquelles un bien immobilier ancien peut bénéficier d'un mécanisme d'amortissement, avantage fiscal « relance logement » prévu par le PLF 2026, dit « Jeanbrun » - tant pis pour la modestie du ministre... (Sourires)

Nous avons modifié le dispositif pour élargir les logements éligibles, notamment pour supprimer la quotité de travaux minimum à réaliser pour substituer une condition unique d'atteinte d'étiquette D, hormis pour les logements G qui devront atteindre une étiquette E. Cet amendement retire aussi la condition de retrait de toutes les chaudières susceptibles d'utiliser un combustible fossile, car cela empêcherait l'investissement dans les logements locatifs, le changement de chauffage n'étant pas de la responsabilité de chaque propriétaire. Nous avons trouvé un compromis entre exigences imposées par la situation du logement et le réalisme de nos finances publiques. Aucun service de l'État n'a apporté de prévisionnel de recettes et de dépenses de ces dispositifs.

Un second amendement reprend l'équilibre qui prévalait dans le Pinel. Il sera possible de louer le bien à toute personne qui n'appartient pas à son propre foyer fiscal, sous condition de ressources.

Deux points demeurent en discussion : l'intégration des maisons individuelles neuves et les outre-mer.

La commission des finances s'est saisie pour avis de l'article 1er, qui lance un nouveau PNRU. Avec la commission des affaires économiques, nous avons adopté un amendement pour renforcer le pouvoir du ministre de la ville dans le choix des quartiers éligibles. Je m'étonne de la réunion du conseil d'administration de l'Anru ce matin même, qui a commencé à définir les critères d'éligibilité, avant même que le Parlement n'examine le texte...

L'éléphant dans la pièce reste le financement du PNRU 3, et la part respective des bailleurs publics, d'Action Logement, de l'État, alors que ce même État n'honore pas ses engagements sur le PNRU 2. Soyons clairs : les premiers versements de ce troisième programme auront lieu au mieux dans dix ans.

Dernier point d'attention, la capacité d'Action Logement à s'endetter compte tenu de la menace pesant sur son statut. Ce projet de loi nous permettra d'aller dans le bon sens ; le Sénat prendra sa part dans l'élan de la reconstruction. (Applaudissements sur les travées du groupe UC ; Mme Sophie Primas applaudit également.)

Renvoi en commission

Mme la présidente.  - Motion n°57 de Mme Marianne Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté .  - Cela fait huit ans que nous attendons une initiative de l'exécutif pour répondre à la crise du logement ; autant d'années d'initiatives parlementaires pour mettre au coeur de nos politiques publiques le logement. Nous n'avons pas été entendus, ni les associations, ni les élus locaux. Et ce texte ne nous donne pas à espérer. Ce texte parachève le désengagement assumé, la casse méthodique du logement social pour favoriser une logique spéculative et de marchandisation du logement. Or il est le premier des droits, car le premier des besoins.

Les conditions d'examen sont inadmissibles : inscription à l'ordre du jour le vendredi, examen en commission le mercredi suivant, examen en séance publique dix jours après le dépôt du texte. Ce sont des conditions qui ne sont pas propices pour construire le texte ambitieux attendu sur tous les bancs, d'où notre proposition de renvoi en commission. La politique ne méritait pas huit années d'inaction, elle ne mérite pas non plus autant de brutalisation du travail parlementaire.

Le texte s'inscrit dans un contexte caniculaire difficile - c'est lié à la question du logement. Cela devrait entraîner un déblocage massif de crédits.

Or la politique MaPrimeRénov' a été menée en dépit du bon sens : stop and go tous les six mois, cassant les dynamiques de rénovation.

La stratégie nationale bas carbone (SNBC) visait à rénover l'ensemble des logements d'ici à 2050. C'est une mesure de protection des populations, un enjeu vital. Et cela fait baisser les émissions carbone des bâtiments. Mais le Gouvernement a baissé les crédits de MaPrimeRénov' et sous-doté l'Anah, refusant d'y consacrer des ressources supplémentaires, contrairement à ce que nous proposions en projet de loi de finances.

L'aide à la rénovation des bâtiments publics a été sacrifiée par la diminution massive du fonds vert, au nom de la bonne gestion des deniers publics. On nous explique qu'il faudrait sacrifier la dépense publique pour préserver les générations futures des effets de la dette, mais c'est elles que nous sacrifions en les condamnant à subir des étés à 50 degrés dans des bouilloires thermiques.

Voilà des années que scientifiques, associations, élus locaux portent des mesures ambitieuses pour contenir le changement climatique et nous y adapter.

À rebours de ces impératifs, le texte amoindrit les obligations de rénovation des biens immobiliers. L'objectif est de libérer 700 000 logements, mais à quel prix ? Il est hypocrite de ne prévoir aucun choc d'investissement pour la rénovation : c'est un aveu d'impuissance, c'est condamner des millions de locataires à vivre dans des logements inhabitables, voire dangereux.

Le texte prévoit de faire porter l'effort financier de la rénovation dans le parc social de plus de quarante ans sur les locataires bénéficiant de loyers très bas dus à l'ancienneté. Aucun crédit n'est prévu dans le PLF 2026, c'est au locataire de payer la facture ! Pourquoi ne pas créer des nouvelles recettes pour l'Anah via des taxes sur les logements vacants ou les résidences secondaires en zone tendue ?

Il y a urgence à agir ; la précipitation ne traduit pas cette urgence, mais l'abandon par le Gouvernement des 3 millions de ménages demandeurs de logements. Voilà huit ans que la crise s'aggrave, qu'il est difficile de se loger dans les zones tendues, que les locataires du parc privé comme social voient leur pouvoir d'achat, leur pouvoir de vivre, s'assécher, en raison de l'augmentation des charges liées au logement.

Ce texte n'est pas à la hauteur des enjeux ; il doit donc revenir en commission ; il n'y a rien sur le logement abordable ; tout se concentre sur les bailleurs privés. (M. Vincent Jeanbrun le conteste.)

Nous assistons au recyclage des mesures déjà proposées - ainsi du droit de veto du maire, risque de potentielles dérives. Faire peser une telle responsabilité sans moyens de mener une politique du logement efficace relève de l'hypocrisie. (Marques d'ironie au banc des commissions)

Les maires, les bailleurs et les locataires attendent des moyens pour augmenter la production de logements sociaux et abordables, et faire du droit au logement un droit réellement effectif. Il faut des crédits ; ne renonçons pas à toute politique du logement de l'État ; les collectivités territoriales ne pourront répondre seules à l'ampleur de la crise du logement.

Pourquoi l'encadrement des loyers n'est-il pas étendu à l'ensemble des collectivités qui le souhaitent ? Ce texte était l'occasion d'inscrire cette politique vertueuse dans la loi. Si des aménagements sont possibles et nécessaires, notre droit prévoit certains mécanismes.

Le Conseil d'État alerte sur le détricotage progressif ouvert par les dérogations : attention aux abus, notamment en matière environnementale et de mixité sociale.

Nous présenterons des amendements - enfin, ceux qui n'ont pas été déclarés irrecevables - pour nous en assurer.

Nous saluons la mise en place d'un PNRU 3, qui était une demande des collectivités territoriales, du mouvement HLM et des populations. Nous serons vigilants sur les financements. L'État n'a pas été au rendez-vous des précédents Anru et a parfois fragilisé la trésorerie de l'agence.

Nous souhaitons clarifier le volet sécurité ; ce n'est pas l'enjeu du renouvellement urbain. La « reconquête républicaine » passe avant tout par les services publics, notamment l'école et la santé. Les quartiers populaires ne peuvent être réduits à la seule question de la sécurité ; ce sont les ruptures d'égalité qui créent de nombreuses difficultés.

Le texte est inabouti ; il ne répond pas à la crise du logement. C'est pour cela que nous vous appelons à voter cette motion de renvoi en commission. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K et du GEST)

Présidence de M. Alain Marc, vice-président

Mme Dominique Estrosi Sassone, rapporteur.  - Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Il y a une forme d'incohérence : vous n'avez jamais manqué de rappeler l'urgence de la crise du logement et de la nécessité d'agir. (M. Thomas Dossus ironise.) Vous devriez vous réjouir d'avoir été entendus : nous avons accéléré le travail, au point d'avoir brusqué la commission. Cette loi ne résoudra pas tout, mais permettra des avancées.

Mme Dominique Estrosi Sassone, rapporteur.  - Très bien !

M. Yannick Jadot.  - Je m'appelle Vincent et je suis ministre du logement, héritier d'une série de ministres depuis dix ans qui ont un bilan qui devrait m'amener à un peu d'humilité : tant de familles qui attendent un logement social...

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - C'est pour cela qu'il y a urgence.

M. Yannick Jadot.  - ... 4,2 millions de personnes mal logées, 1 000 personnes mortes dans la rue, et combien ont étouffé du fait de la canicule ? Ça, c'est votre bilan... (On le conteste au banc des commissions.)

Je m'appelle Vincent et je dénonce « l'écologie punitive » ! Quand on découvre l'habitabilité d'été, les volets, la climatisation, l'aménagement urbain pour contrer les canicules, en période de canicule, j'aurais un peu d'humilité...

Oui, nous voulons une grande loi Logement, mais une loi qui protège, construise, rénove. Sur tous les bancs, nous avons considéré que cette procédure accélérée méprisait le travail parlementaire et les acteurs du logement. Nous soutenons cette motion de renvoi. (Applaudissements sur les travées du GEST et du groupe CRCE-K)

M. Patrick Kanner.  - J'émettrai une réserve : il faut dire neuf ans et non dix, car, il y a dix ans, la ministre était Mme Cosse, qui a été une grande ministre du logement... (Sourires)

M. Marc-Philippe Daubresse.  - Il y en a eu d'autres ! (Mme Frédérique Puissat le confirme.)

M. Patrick Kanner.  - Elle a porté une politique pour construire 500 000 logements par an contre actuellement 300 000 par an (M. Philippe Grosvalet et Mme Audrey Linkenheld en doutent) - avec la TVA, comme dit le président Larcher.

Il n'y a pas que les groupes de droite qui ont contribué à ce texte - je vous ai écouté religieusement. Nous allons le montrer, par de nombreux amendements que nous portons pour l'améliorer. Nous connaissons les enjeux : l'Anru 3 est un enjeu majeur, mais vos propositions sont contradictoires avec vos objectifs - ainsi de la remise sur le marché des logements avec un mauvais DPE. Ce texte aurait mérité plus de travail. Nous voterons la motion de renvoi. (Applaudissements sur les travées des groupes SER, CRCE-K et du GEST)

À la demande du groupe Les Républicains, la motion57 est mise aux voix par scrutin public.

M. le président.  - Voici le résultat du scrutin n°329 :

Nombre de votants 342
Nombre de suffrages exprimés 342
Pour l'adoption   99
Contre 243

La motion n°57 n'est pas adoptée.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Le Gouvernement est favorable aux amendements de Mme Lavarde (M. Jean-François Husson s'en réjouit) relatifs à l'EPT de la Métropole du Grand Paris ; nous lèverons le gage.

Discussion générale (Suite)

Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin .  - (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP) Durant neuf ans, la politique du logement est restée un angle mort, malgré les alertes. La situation s'est aggravée. Les attentes sont fortes, mais restent sans réponse. Nos concitoyens nous rappellent chaque jour qu'il leur est difficile de se loger, notamment pour les primo-accédants ou pour un logement social. La mobilité est stoppée. Bailleurs ou professionnels demandent la même chose : des règles simples, plus rapides et une politique du logement unifiée. En somme, un choc de simplification et de confiance, pour reprendre vos mots, monsieur le ministre.

En Loire-Atlantique, je constate une chute de la construction et le gel des transactions immobilières, comme partout en France. Malgré la bonne volonté des élus locaux, la complexité du cadre législatif rend difficile la concrétisation de projets importants. Il faut donner la main aux élus, relancer la construction et l'accession à la propriété et relancer le marché locatif.

Depuis la mission d'information relative à la crise du logement, cinq propositions de loi ont été adoptées, mais jamais reprises - jusqu'à aujourd'hui. Certes, le calendrier est contraint - mais mieux vaut tard que jamais.

Le projet du Gouvernement reprend des propositions déjà adoptées - rénovation énergétique, statut des AOH, revalorisation des logements HLM, droit de veto du maire en matière d'attribution de logement social.

De nouvelles mesures sont également prévues. L'article 6 remet sur le marché locatif des logements F et G à la condition que les propriétaires s'engagent à les rénover d'ici à trois ans pour des logements individuels, et cinq ans pour des logements collectifs. L'urgence de la situation justifie cette mesure difficile. Le marché locatif est en tension : perdre 600 000 logements n'est pas envisageable. Néanmoins, la rénovation énergétique s'impose. Alors que la canicule frappe notre pays, nous devons nous fixer des choix ambitieux. Comment arbitrer entre réchauffement climatique et logement ? C'est une question difficile.

Nous saluons la prise en compte du confort d'été, sur l'initiative de nos rapporteures. Nous devons permettre à toutes et tous de vivre dans un logement décent durant les périodes de forte chaleur.

Les Indépendants se félicitent de ces avancées, mais le chemin à parcourir reste long. En particulier, le texte ne contient rien pour la ruralité. (Mme Sophie Primas le conteste.) Or la crise du logement social est particulièrement aiguë dans les petites communes, freinées par des coûts élevés, une faible rentabilité et l'impact disproportionné de la réduction de loyer de solidarité (RLS). Lutte contre la vacance, la dégradation des biens immobiliers, les biens sans maître, la dispersion de l'habitat : nous appelons de nos voeux une grande réflexion sur la ruralité.

M. Jean-Michel Arnaud.  - Très bien !

Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin.  - La politique du logement doit être pensée en adéquation avec les besoins locaux. C'est pourquoi nous saluons la démarche décentralisatrice et l'effort de simplification du Gouvernement. Nous accueillons favorablement le lancement du PNRU 3 et l'engagement de moyens supplémentaires, plus que nécessaires. L'élargissement du dispositif dit Jeanbrun est également très satisfaisant.

Bien qu'il nous arrive précipitamment, ce texte marque donc une avancée très attendue. Notre groupe le soutient, tout en étant conscient que le chantier reste immense. (M. Cédric Chevalier et Mme Nicole Duranton applaudissent.)

M. Marc-Philippe Daubresse .  - Le Premier ministre prend enfin la mesure de la crise cataclysmique, sans précédent, que traverse le logement dans tous ses segments. Voilà plus de quatre ans que j'alerte au nom du groupe Les Républicains sur la brutalité de cette crise. J'ai même eu, en août 2021, un entretien d'une bonne demi-heure en tête à tête avec le Président de la République... (Marques d'ironie à gauche)

M. Yannick Jadot.  - Bravo !

M. Marc-Philippe Daubresse.  - ... pour lui proposer des mesures qui auraient évité ce désastre. Il m'a expliqué que je ne comprenais rien, mais la suite m'a donné raison.

Cette crise est structurelle. Elle a démarré par une crise de la demande, puis s'est poursuivie par une crise de l'offre, aggravée par les mesures contracycliques des gouvernements successifs depuis 2017. Ce n'est qu'avec les nominations de Michel Barnier comme Premier ministre et de Valérie Létard comme ministre du logement que le problème a enfin été pris en considération.

Après avoir tué dans l'oeuf les initiatives parlementaires, notamment celles de Dominique Estrosi Sassone et de notre commission des affaires économiques, après avoir massacré la réforme du statut du bailleur privé locatif que j'avais préparée avec Valérie Létard, le Gouvernement opère donc un virage à 180 degrés, qui ne compensera pas totalement les années d'effondrement du secteur.

L'objectif est partagé : construire 2 millions de logements d'ici à 2030. Monsieur Jadot, quand Jean-Louis Borloo et moi avons pris la responsabilité du logement, il y avait 230 000 constructions neuves par an : à notre départ, 486 500.

Monsieur le ministre, vous avez choisi une méthode inadaptée, heureusement corrigée par notre commission. Votre réforme initiale s'inscrivait dans une gouvernance descendante, administrée par les préfets de région avec avis consultatifs des maires, et se limitait à une centaine de projets d'initiative locale. Vous disposerez de moyens insuffisants, Bercy refusant toujours de raisonner à moyen terme en intégrant les perspectives de rentrées de TVA -  un aveuglement qui nous a déjà fait perdre 20 milliards d'euros, autant dire une faute.

L'Anru 3 est attendue de très longue date pour tenter de rattraper les reculades successives sous les présidences Hollande et Macron. Il faut aussi décentraliser MaPrimeRénov' et remettre sur le marché les 637 000 logements classés F ou G. Le tout avec une méthode adaptée, celle proposée par la commission des finances dans la droite ligne de la loi Létard.

Mais nous devons aller beaucoup plus loin. Pour mener une politique offensive du logement et de l'habitat, la boîte à outils doit être profondément remaniée en matière de fiscalité, de financements et surtout de foncier, avec deux paramètres fondamentaux : la confiance et le temps. Il faut renverser la table : réformer profondément la méthode aveugle du ZAN, lever les interdictions de louer fondées sur le DPE, en finir avec l'encadrement des loyers.

C'est par la confiance, non par la contrainte, que vous pourrez réussir. Nous voterons le texte remanié par la commission. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

Mme Nicole Duranton .  - Depuis trop longtemps, le logement est l'une des préoccupations principales des Français. Se loger dignement, à un coût soutenable et à proximité de son emploi et de sa famille, cette aspiration devient chaque année plus difficile à réaliser.

Quand vous êtes étudiant, jeune actif, famille monoparentale ou tout simplement célibataire, acheter un logement est devenu une quasi-mission impossible. En une génération, les Français ont perdu près de 25 m² de pouvoir d'achat immobilier. Pour louer, les difficultés ne sont pas moindres : loyers en hausse continue dans les zones tendues, multiplication des demandes de garantie, raréfaction des biens. Et plus de 2 millions de ménages attendent un logement social.

Une autre réalité injuste se développe dans de nombreux territoires : le retrait de logements du parc locatif traditionnel pour les transformer en locations touristiques de courte durée. Cette évolution déséquilibre encore un peu plus des marchés immobiliers déjà très tendus.

Les mises en chantier ont atteint leur plus bas niveau depuis plusieurs décennies. Promoteurs, entreprises du bâtiment, bailleurs sociaux : tous alertent sur le ralentissement de l'activité.

Face à cette situation, nous devons agir. Si ce texte n'a pas vocation à entraîner une grande révolution, il apporte des réponses concrètes et attendues par les élus et les professionnels. Il reprend, du reste, des propositions défendues depuis plusieurs années par le Sénat.

Nous soutenons le lancement du PNRU 3, doté de 5 milliards d'euros pour la période 2026-2040. Ce troisième programme permettra de poursuivre le travail engagé depuis plus de vingt ans dans nos quartiers. Nous saluons son ouverture aux centres de villes moyennes, confrontés à un habitat dégradé ou à une vacance importante. Nous proposerons de permettre le financement du logement locatif social par l'Anru dans les quartiers prioritaires ultramarins. Quant à Nadège Havet, elle proposera, en réponse à l'appel de l'île de Batz, de reconnaître la spécificité insulaire.

Il est essentiel d'accélérer la construction. Dans certains territoires, les procédures sont devenues si longues et complexes qu'elles empêchent la concrétisation de projets indispensables. Les OIL prévues à l'article 2 répondent à cette difficulté : il sera possible, dans des secteurs précisément délimités, de déroger à certaines règles d'urbanisme afin de construire plus rapidement. Les logements ainsi produits devront être destinés à la résidence principale.

Je salue en particulier l'article 4, consacré au statut du bailleur privé. Ce dispositif vise à encourager l'investissement locatif privé grâce à un mécanisme d'amortissement des logements mis en location.

L'article 6 apporte lui aussi une réponse attendue en clarifiant les règles de décence énergétique. Il faut poursuivre la rénovation énergétique, mais aussi sécuriser les propriétaires de bonne foi lorsque certains travaux sont techniquement impossibles. La commission a enrichi ce volet, notamment en facilitant les travaux destinés à améliorer le confort d'été. Notre groupe propose un amendement pour adapter les obligations de performance énergétique au climat tropical.

L'article 10 renforce utilement la place des maires dans l'attribution des logements sociaux. Les maires connaissent les équilibres et les besoins de leur territoire. Il est légitime de leur redonner plus de responsabilités, notamment par un droit de veto motivé, dans certaines situations, au sein des commissions d'attribution.

Le RDPI fera le choix de la responsabilité en votant ce texte. (M. Cédric Chevalier applaudit.)

Mme Viviane Artigalas .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) La crise du logement est là, massive et durable ; elle mine le quotidien de millions de Français. La chute de la production, la tension locative et l'attente interminable d'un logement social sont devenues la norme. Derrière les chiffres, des vies suspendues.

Pour nous, socialistes, le logement n'est pas un secteur parmi d'autres, mais une condition de la dignité, de la santé et de l'émancipation, une clé de la cohésion sociale.

Le Gouvernement, quant à lui, nous présente un texte manquant d'ambition, notamment au regard des enjeux d'adaptation au changement climatique. Même des mesures consensuelles, déjà adoptées par notre assemblée, n'y figurent pas.

Nous sommes favorables au lancement de l'Anru 3, mais la question du financement reste entière. Rappelons que l'État n'a versé que 22 % de sa participation au PNRU et que la convention quinquennale avec Action Logement n'est toujours pas renouvelée. Nous serons également vigilants sur le virage sécuritaire des conventions : l'Anru mène une politique urbaine, pas de sécurité.

À l'article 2, le Gouvernement propose une énième dérogation au PLU et l'avis conforme des ABF. L'accumulation des dérogations risque de faire perdre toute cohérence aux politiques locales d'aménagement. Nous proposerons d'encadrer davantage cette mesure.

À l'article 4, l'ouverture du dispositif d'investissement locatif aux maisons individuelles à rénover nous convient, mais nous refusons l'abaissement des exigences de performance énergétique.

Même renoncement à l'article 6 : les logements interdits à la location pourront être remis sur le marché si un contrat de travaux a été conclu, ce qui revient à reporter le calendrier de la décence énergétique de 3 à 5 ans et à faire supporter aux locataires les nuisances des travaux.

Sur le volet décentralisation, le renforcement du statut d'AOH ne fait pas l'unanimité parmi les associations d'élus. Nous soutenons la position d'équilibre de la commission.

Nous soutenons la suppression partielle de l'article 9, qui déléguait aux EPCI la gestion du contingent de l'État et des compétences Dalo ; il faisait l'unanimité contre lui.

Notre groupe s'est toujours opposé à la présidence des commissions d'attribution par les maires et au droit de veto élargi. À l'article 10, nous proposerons donc de rétablir la version initiale du Gouvernement.

Ce texte pâtit de manques nombreux. Le Gouvernement annonce vouloir atteindre 400 000 logements construits par an, mais aucune mesure programmatique n'est prévue, ce qui nous prive d'un débat sur les orientations suivies. D'autre part, aucune mesure d'accroche ne permet d'aborder la trajectoire de la RLS. La proposition de loi Choc, adoptée par notre assemblée en début d'année, affichait au moins des objectifs programmatiques de production et de rénovation et ouvrait les sujets de la fragilisation des bailleurs sociaux et du financement du Fonds national d'aide à la pierre (Fnap).

Vouloir lancer la reproduction de logements sans s'attaquer à la hausse des coûts de la construction et du foncier est une erreur. Nous regrettons aussi que ce texte ne prévoie pas assez de dispositifs pour l'habitat rural. La crise du logement frappe aussi les petites villes et les centres-bourgs, où le parc ancien est souvent très dégradé et l'investissement plus difficile à boucler. La rénovation du bâti rural est un enjeu social, parce que s'y concentre la précarité énergétique la plus silencieuse, écologique, parce que rénover est plus vertueux que construire, et territorial, parce qu'un logement rénové est abordable. Le Sénat a d'ailleurs adopté la proposition de loi de notre collègue Christian Redon-Sarrazy pour remobiliser le bâti rural en déshérence.

Rien n'est prévu non plus pour simplifier la réalisation des travaux par les artisans. La proposition de loi que j'ai déposée sur les groupements d'entreprises, reprise par le Sénat dans la proposition de loi Choc puis par l'Assemblée nationale dans le texte de Valérie Létard, répond à un besoin très concret à cet égard : le risque de responsabilité solidaire pesant sur le mandataire dissuade les artisans de se regrouper pour offrir une rénovation globale ; lever ce frein, c'est accélérer la rénovation et stabiliser l'emploi local. Je regrette que notre amendement sur ce sujet ait été déclaré irrecevable au titre de l'article 45.

Rien sur le confort d'été, alors que le texte a été présenté en Conseil des ministres en pleine canicule. Je remercie les rapporteures d'avoir intégré cette problématique en s'inspirant des propositions de notre collègue Michaël Weber.

Rien sur l'adaptation du DPE au logement ancien, adoptée deux fois par le Sénat, ni en matière d'innovation : permis de construire unique, habitat mobile et solidaire, matériaux biosourcés et géosourcés.

Sur l'encadrement des loyers, les rapporteures ont proposé la reconduction de l'expérimentation menée à Rennes, et je les en remercie. Il y avait donc une ouverture pour envisager la prolongation de l'encadrement des loyers. Hélas, une application restrictive de l'article 45 nous en a privés.

Nous souhaitions un débat constructif, une amélioration du texte et la possibilité d'y inclure des mesures consensuelles déjà votées au Sénat et à l'Assemblée nationale. Mais le périmètre choisi par le Gouvernement a conduit à déclarer irrecevables de trop nombreux amendements. Nous sommes loin de la grande loi tant attendue pour répondre aux besoins des Français et à la cherté du logement. Vous comprendrez donc notre déception. (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST et sur des travées du RDSE)

M. Ian Brossat .  - (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K) Nous examinons ce texte au cours du troisième épisode de canicule que subit notre pays en un peu plus d'un mois. Douloureuse et meurtrière -  même si tous les chiffres ne sont pas encore connus  - , cette canicule met en lumière deux évidences : ces phénomènes vont se multiplier et nous ne sommes pas égaux face à eux, le plus lourd tribut étant payé par les classes populaires et les travailleurs.

Certes, quelques avancées sont prévues, notamment sur l'initiative de la commission en matière d'adaptation des logements. Je pense en particulier à l'avis simple des ABF pour en finir avec cette hérésie qui fait qu'on nous empêche, à Paris, d'installer des volets sur un immeuble. Je pense aussi à l'intégration du confort d'été dans les plans pluriannuels de travaux des copropriétés.

Mais force est de constater qu'une double impasse perdure. D'une part, vous refusez de soumettre les propriétaires bailleurs à la moindre contrainte : ils pourront continuer à louer des passoires et des bouilloires thermiques, tandis que les locataires sont bons pour payer, endurer et se taire.

M. Jean-Michel Arnaud.  - Caricature !

M. Ian Brossat. - D'autre part, vous vous obstinez à ne pas lever le verrou budgétaire, s'agissant notamment du sous-financement de l'Anah et de la restriction des travaux pris en charge par MaPrimeRénov'.

Sur le front de l'adaptation au changement climatique, non seulement ce projet de loi ne nous fait pas avancer, mais il nous fait reculer en remettant sur le marché les passoires et bouilloires thermiques.

J'ai écouté le ministre avec une grande attention. J'ai presque eu l'impression d'entendre au début de son propos des accents de François Ruffin...

M. Vincent Jeanbrun, ministre. - Eh bien !

M. Ian Brossat.  - C'est dans ma bouche un compliment.

Le problème, c'est que vous êtes le représentant du camp politique qui est aux responsabilités depuis neuf ans ; je ne sais pas bien dans quel parti vous êtes, mais vous avez compris ce que je veux dire.

La crise du logement atteint des records : c'est la conséquence de la nullité de la politique menée depuis 2017. Au reste, aucun orateur n'a défendu la politique du logement menée par Emmanuel Macron...

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Certes non !

M. Ian Brossat.  - Une politique du logement sérieuse aurait le courage d'affronter les logiques de marché, notamment par le développement des logements sociaux et l'encadrement des loyers. Celui-ci doit être poursuivi : on a bien vu combien les loyers explosaient dans nos grandes métropoles avant sa mise en place. Bon courage à celles et ceux qui voudraient expliquer aux habitants qu'on permet aux propriétaires d'appliquer n'importe quel loyer !

Je souhaite que ce texte fasse l'objet d'un examen sérieux et puisse répondre aux attentes de nos concitoyens, ce qui n'est pas le cas pour le moment. (Applaudissements sur les travées des groupeCRCE-K et SER ; M. Guy Benarroche applaudit également.)

M. Yannick Jadot .  - Le logement n'est plus seulement une bombe sociale ; il est devenu le révélateur des fractures françaises. Il concentre les enjeux de pouvoir d'achat, de santé publique, de transition écologique, de dignité et de confiance dans la République.

Le bilan de neuf années de macronisme, ce sont 4,2 millions de mal-logés, 350 000 personnes sans domicile, 2,9 millions de ménages en attente d'un logement social, 50 % de plus qu'il y a dix ans. La rénovation est déstabilisée : elle est là, l'écologie punitive, quand des millions de personnes souffrent hiver comme été, en plus de ne plus pouvoir payer leurs factures.

M. Daubresse a parlé de Jean-Louis Borloo, mais si l'on avait appliqué les décisions du Grenelle de l'environnement, des millions de familles ne subiraient pas la canicule ni l'explosion des factures.

Nous attendions un grand projet de loi, mais ce ne sera pas pour ce quinquennat. La méthode aussi est éminemment contestable : sur un sujet qui touche autant à l'intimité et la dignité, nous avons besoin d'un débat démocratique et parlementaire à la hauteur de l'enjeu. Ce calendrier accéléré est donc une faute démocratique.

Nous saluons évidemment le lancement d'un troisième PNRU. Nos quartiers populaires ont besoin d'être rénovés, végétalisés, humanisés. Mais les 5 milliards d'euros prévus n'offrent pas une visibilité financière suffisante ; les besoins sont trois fois plus élevés.

Ce texte cumule un certain nombre de mauvais choix que nous contestons depuis des mois, à commencer par la dérégulation de l'urbanisme. Les collectivités ont besoin d'outils efficaces, pas d'un nouvel empilement de dérogations qui fragilisent la cohérence des projets locaux et abîment les processus démocratiques.

De même, vous rejetez l'idée même d'un équilibre entre les droits et les obligations des propriétaires et des locataires, pour privilégier systématiquement les premiers. Nous voulions débattre de l'encadrement des loyers, mais en sommes empêchés.

Vous renforcez les avantages fiscaux des bailleurs privés sans encadrer suffisamment le volet social du dispositif ni son coût, affaiblissez les obligations en matière de rénovation énergétique en pleine canicule et faites des économies sur Ma Prime Rénov', notamment pour l'isolation des combles - au moment où les gens suffoquent sous les toits.

Nous refusons que la rénovation énergétique serve de prétexte pour augmenter les loyers du parc social, rejetons le droit de veto du maire dans l'attribution des logements sociaux et nous opposons à la remise en cause du Dalo.

Le logement n'est pas une marchandise, mais un droit qui permet de vivre dignement. Replaçons ce droit au coeur de notre pacte social ! (Applaudissements sur les travées du GEST et des groupes SER et CRCE-K)

M. Philippe Grosvalet .  - (Applaudissements sur les travées du RDSE) Le logement, condition première de l'émancipation, est englué dans une crise qui s'éternise. Le Président de la République promettait en 2017 que la première bataille serait celle-ci, mais 350 000 personnes n'ont pas de logement et 2,9 millions vivent dans des conditions difficiles.

L'ambition présidentielle d'un choc de l'offre ne s'est jamais concrétisée. Le constat est celui de l'échec des deux quinquennats d'Emmanuel Macron en matière de logement et d'un affaiblissement des politiques publiques dans ce domaine.

Résultat : chute du nombre de mises en chantier, accession à la propriété de plus en plus longue, sentiment de déclassement des classes moyennes, raréfaction de l'offre locative. Le loyer moyen est passé de 600 à 800 euros en dix ans, pour une surface plus petite. Les choix d'austérité sur les APL ont fragilisé les bailleurs sociaux.

Cette crise révèle les inégalités et met à mal le pacte social et la cohésion nationale.

Après un dépôt confus, nous examinons un texte composite dont les mesures présentent une opportunité politique inégale. Monsieur le ministre, vous parlez de nouvel acte de décentralisation : je vous invite à un peu d'humilité dans cet hémicycle où ont siégé Gaston Defferre et Jean-Pierre Raffarin.

Je renouvelle mon inquiétude sur les 5 milliards d'euros prévus, insuffisants pour concrétiser l'ambition affichée du PNRU 3. Je défendrai un amendement à ce sujet.

La relance du logement est bienvenue pour soutenir l'offre locative, mais doit être articulée avec l'encadrement des loyers, grand absent du texte.

Enfin, les épisodes caniculaires doivent être un catalyseur pour la rénovation des logements.

Je ne reviendrai pas sur le droit de veto du maire sur les commissions de logement, qui fait naître des risques de clientélisme : un édile ne choisit pas sa population.

Les membres du RDSE se détermineront librement au regard de l'évolution des débats.

À Saint-Nazaire, où seront accueillis 15 000 nouveaux salariés, notamment pour construire notre futur porte-avions, le logement est en forte tension. La pénurie de logements ne doit pas être un obstacle à la réindustrialisation du pays. (Applaudissements sur les travées du RDSE)

M. Yves Bleunven .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UC) J'avoue avoir attendu ce texte avec impatience pendant plusieurs mois : je ne pensais pas être exaucé en une nuit à la suite de la question d'actualité au Gouvernement de Mme Estrosi Sassone la semaine dernière... (Sourires)

Le délai contraint dans lequel nous examinons ce texte a au moins le mérite de traduire l'urgence que nous sommes nombreux à souligner depuis longtemps.

Je salue les rapporteures Gacquerre et Estrosi Sassone, qui ont enrichi le texte.

Face à une crise économique, sociale et territoriale, les mesures proposées vont globalement dans le bon sens. Les OIL permettront de construire davantage en raccourcissant les délais excessifs. De fait, nous devons simplifier le droit de l'urbanisme, qui peut finir par empêcher de construire.

Je crois à la décentralisation des politiques du logement, car les besoins des communes varient selon les territoires. Faisons confiance aux élus pour construire des politiques adaptées aux réalités de terrain.

Un mot sur les normes de la construction. Nul ne conteste les objectifs environnementaux, mais si nous ne créons pas une dynamique de rénovation, nous passerons à côté de l'essentiel. Évaluons avec pragmatisme si les prescriptions donnent les effets attendus ou sont un frein supplémentaire à la rénovation.

Le logement social doit continuer à répondre aux besoins des ménages les plus modestes, mais peut aussi devenir un levier d'attractivité économique. Nous devons renforcer les coopérations entre bailleurs sociaux, collectivités et entreprises afin de faciliter le logement des salariés du public comme du privé.

Au fond, ce texte repose sur une idée simple que je partage pleinement : nous ne relancerons pas durablement la construction depuis nos administrations centrales ; nous y parviendrons en faisant davantage confiance aux élus, en simplifiant les procédures et en considérant le logement non comme une politique sectorielle, mais comme une condition essentielle du développement de nos territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe UC)

Mme Martine Berthet .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Ce texte vise à apporter, enfin, une réponse satisfaisante et de long terme à la crise du logement, préoccupation majeure des Français. Y parviendra-t-il ?

Il est inspiré de la proposition de loi Choc, adoptée par notre assemblée, qui consacre le rôle pivot du maire dans la gestion du parc immobilier social. Il revient aussi en partie sur la loi visant à faciliter la transformation des bureaux en logements, dont j'étais la rapporteure, qui, au 31 mars dernier, n'avait fait l'objet d'aucune mesure d'application.

Je salue le lancement du troisième programme de renouvellement urbain ainsi que les dispositions sur l'adaptation des logements à la canicule, en particulier la transformation de l'avis conforme des ABF en avis simple pour l'installation de protections solaires extérieures.

Hélas, ce texte ne tient pas compte des zones confrontées à des conditions particulières, à commencer par les territoires de montagne. Mes amendements à ce sujet ont été déclarés irrecevables au titre de l'article 45... Il faudra améliorer l'expérimentation prévue dans la loi relative aux JOP Alpes 2030 en ce qui concerne la rénovation du parc immobilier privé des stations de montagne, notamment par la mise en place d'un mécanisme de solidarité territoriale.

Le groupe Les Républicains exprime un soutien vigilant à ce texte, compte tenu de l'esprit qui l'anime et des modifications apportées en commission. Toutefois, il faut une ambition plus élevée et une application respectueuse des spécificités de nos territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

M. Daniel Fargeot .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UC) Il y a quelques jours, posant une question d'actualité, Mme Estrosi Sassone appelait de ses voeux un texte consacré au logement. Monsieur le ministre, vous l'avez entendue. (Sourires)

Vous auriez pu présenter une grande loi réécrivant des chapitres entiers du code de la construction. Vous avez opté pour un texte resserré, pragmatique et ciblé pour lever plusieurs verrous et enclencher un changement de méthode. Ce choix est le bon.

La crise est installée, et nous devons agir sur l'ensemble de la chaîne. Jean-Louis Borloo rappelait qu'une bonne politique du logement est une politique de confiance envers les investisseurs, les bailleurs, les élus locaux et, in fine, nos concitoyens.

Vous tendez la main aux territoires. C'est sans doute la première fois que j'examine un texte qui fait vraiment le choix de la décentralisation.

Le Dalo a suscité des débats jusqu'à sa suppression en commission. Nous serons plusieurs à soutenir son rétablissement en séance.

C'est un changement de paradigme : l'État partage des compétences qu'il exerçait jusqu'à présent seul. À nous d'en sécuriser les conditions d'exercice.

Quelle est notre vision de la décentralisation ? Pour moi, elle repose sur le triptyque : compétences, responsabilités, moyens. À tout transfert de compétence doit correspondre un transfert de responsabilité ; à tout transfert de responsabilité, un transfert de moyens financiers et humains. Si l'un de ces piliers manque, c'est un simple transfert de charge, voire de risque.

J'ajoute une autre exigence : l'évaluation des politiques publiques. Nous n'avons plus les moyens d'instaurer des dispositifs sans en mesurer les impacts - l'Anru en est le parfait exemple.

Le chantier du logement social est devant nous. Nous devons mieux intégrer les classes moyennes et adapter le système aux réalités du territoire. Le statut du bailleur privé devra être approfondi.

Monsieur le ministre, vous engagez un changement de méthode fondé sur la confiance et la décentralisation. Le groupe UC soutient ce texte et défendra des amendements pour en améliorer l'équilibre. (Applaudissements sur les travées du groupe UC)

Mme Sabine Drexler .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Dans Guerre aux démolisseurs, Victor Hugo écrivait, en 1832 : « Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc le détruire, c'est dépasser son droit. »

Oui, quand un bâtiment porte la mémoire d'un territoire et façonne un paysage, il devient un bien commun.

M. Pierre Ouzoulias.  - Très bien !

Mme Sabine Drexler.  - Quelle image de la France voulons-nous donner au monde ? Construire est indispensable, mais la politique du logement ne peut ignorer ce qui existe depuis des siècles.

La plupart des maisons à colombages d'Alsace, des longères de Vendée ou des échoppes bordelaises ne sont pas protégées. Le DPE est inadapté au bâti ancien, mais on continue de l'appliquer ; pourtant, un diagnostic erroné entraîne des travaux inadaptés, qui aboutissent à la vacance puis à la démolition. Dans le même temps, on affaiblit le rôle des ABF.

Face à la crise du logement, nous avons la double responsabilité de construire quand c'est nécessaire et de sauver le plus grand gisement de logements dont nous disposions : notre patrimoine bâti. C'était le sens de mes amendements, déclaré irrecevables, visant notamment à adapter au bâti ancien le DPE et les règles de décence énergétique.

Hugo ajoutait : « Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait, qu'on la fasse. » Deux siècles plus tard, cette loi est entre nos mains. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains ; MM. Pierre Ouzoulias, Laurent Lafon et Daniel Fargeot applaudissent également.)

Discussion des articles

Article 1er

M. le président.  - Amendement n°310 rectifié de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - La notion de « reconquête républicaine » fait référence à la politique de sécurité pilotée par le ministre de l'intérieur. Elle n'est pas la plus adaptée, l'Anru menant une politique urbaine et non de sécurité.

Bien sûr, les projets de renouvellement urbains doivent prendre en compte la prévention situationnelle et corriger des conceptions spatiales qui peuvent favoriser les poches d'insécurité et les trafics. Mais veillons à ne pas créer de confusion. La sécurité et la lutte contre la délinquance relèvent des politiques de droit commun. Du reste, les habitants des quartiers populaires sont les premières victimes de l'insécurité.

Privilégions la notion d'égalité républicaine, plus adaptée.

M. le président.  - Amendement n°71 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Nous soutenons la création d'un Anru 3. Nous avons néanmoins des réserves sur le périmètre et le montant de crédits accordés, et le terme « reconquête républicaine » nous inquiète. La République n'a pas été chassée ; certaines zones ne sont pas en dehors de la République : il y a des territoires, urbains mais aussi ruraux, où les services publics ont disparu, où l'école est sous-financée, l'accès à l'emploi très difficile. Les ruptures d'égalité territoriale en matière d'école, de santé et de transports ne sont pas le fait des habitants ! Mettons plutôt en avant l'exigence d'égalité républicaine.

M. le président.  - Amendement n°72 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Nous proposons de remplacer « reconquête républicaine » par « tranquillité publique », terme plus précis et opérationnel. Lier la présence de la République à la seule question de la sécurité est réducteur.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - L'expression « reconquête républicaine » a un sens : réaffirmer l'autorité de l'État, les valeurs de la République, en luttant contre les trafics et le séparatisme. On ne peut pas rénover certains quartiers sans tenir compte de cette dimension prioritaire. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - L'expression « reconquête républicaine » est importante. Nous devons assurer aux 5 à 6 millions d'habitants dans ces quartiers la protection et la bienveillance de la République. La reconquête républicaine va au-delà de la tranquillité publique et de la sécurité : il s'agit de reconquérir l'espace public, de donner force à la loi pour y protéger les habitants, mais aussi de reconquérir les coeurs et les esprits, d'y planter le drapeau de la République, contre les violences, contre les séparatismes. Cela passe par les forces de l'ordre, mais aussi par la rénovation des écoles, les services publics, l'accès aux soins : une Anru à 360 degrés.

Avis défavorable à ces trois amendements.

M. Pierre Ouzoulias.  - Nous serons toujours à vos côtés pour porter la reconquête républicaine. Mais à quelques jours du vote par l'Assemblée nationale d'une réforme constitutionnelle qui va donner à la Corse la possibilité d'adapter toutes les lois de la République, l'expression est mal choisie. Allez donc planter le drapeau de la République en Corse, on verra le résultat ! (Mme Sophie Primas s'en amuse.)

M. Yannick Jadot.  - Qu'il faille combattre le narcotrafic et l'insécurité est une évidence ; faut-il pour autant l'inscrire à cet article ? Alors que l'État souhaite investir dans ces quartiers à la hauteur de ce qu'il fait dans les autres territoires - les statistiques montrent qu'on investit moins pour un enfant des quartiers prioritaires que d'ailleurs - c'est plutôt le terme d'égalité républicaine qu'il faut retenir.

On a l'impression que pour vous, les habitants de ces quartiers sont responsables de leur mal-être. (M. Vincent Jeanbrun le conteste.) Avec l'Anru, c'est à l'État d'agir pour régler les problèmes. Égalité, plutôt que reconquête.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Étrange débat ! L'Anru dépasse la simple reconstruction des bâtiments. On fait intervenir l'Éducation nationale, le sport, les services publics, sans pour autant empiéter sur les compétences des communes. Idem pour la sécurité : police, gendarmerie, polices municipales, services d'incendie et de secours ont leur mot à dire dans les choix de formes urbaines, pour pointer les difficultés. Elles doivent être associées à la réflexion.

Mme Audrey Linkenheld.  - Il n'est pas question d'exclure les forces de sécurité. Nous souhaitons simplement réaffirmer les priorités de l'Anru, qui sont d'abord sociales et urbaines. Il ne s'agit pas de nier les enjeux de sécurité, notamment l'importance de la prévention situationnelle, mais de les positionner à leur juste place.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Je ne dis pas que les habitants de ces quartiers sont responsables de la situation sécuritaire ou éducative dégradée ! Mais ouvrez les yeux : les ennemis de la République - narcotrafiquants, séparatistes - se nichent dans ces quartiers. Alors que prospèrent la violence et les narchomicides, ne laissons pas ces cinq à six millions d'habitants sous le joug de criminels, d'assassins - j'ai une pensée pour Amine Kessaci. Notre combat est de protéger ces familles, qui n'ont pas choisi d'être dans ces quartiers. Bien sûr, la vraie reconquête républicaine passera par l'école et l'émancipation républicaine ; mais pour étudier correctement, il faut un logement convenable, et la sécurité dans la rue !

N'ayons pas un débat idéologique sur ces termes. (Mme Audrey Linkenheld s'en défend.) L'Anru doit faire en sorte qu'une fois le projet achevé et le quartier rénové, on y vive bien.

L'amendement n°310 rectifié n'est pas adopté, non plus que les amendements nos71 et 72.

M. le président.  - Amendement n°213 de Mme de Marco et alii.

Mme Monique de Marco.  - Les études montrent l'effet positif des arbres sur l'habitabilité lors des fortes chaleurs - au point de faire varier la température de 10 degrés selon les quartiers d'une même ville ! À Paris, 96 % des bâtiments ne sont pas protégés par l'ombre des arbres. On y compte un arbre pour treize habitants, contre un pour deux à Rennes.

Dans les quartiers prioritaires, les habitants sont privés des îlots de fraîcheur que sont les parcs et jardins publics. Inscrivons dans la loi que les PNRU prévoient le renforcement d'espaces boisés et la réduction de l'artificialisation des sols.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Les axes du programme, déjà très nombreux, incluent la transition écologique et la résilience climatique. N'allons pas plus loin. Les objectifs pourront être affinés dans le cadre des conventions de renouvellement urbain signées avec les collectivités.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Oui, les arbres sont précieux contre les îlots de chaleur. Cela relève toutefois du règlement de l'Anru, non de la loi. Retrait, car satisfait ; sinon avis défavorable.

L'amendement n°213 n'est pas adopté.

M. le président.  - Amendement n°74 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Le rapport de la commission d'enquête demandée par notre groupe a mis l'accent sur le problème des copropriétés dégradées. Malgré l'intervention de l'Anah, et l'implication de l'Anru, il demeure des trous dans la raquette, selon le Conseil national des villes. Cet amendement appelle à une articulation renforcée entre l'Anru et l'Anah pour mieux traiter la question. À quand une banque de la rénovation pour aider les copropriétaires très modestes à réaliser les travaux ? L'enjeu de la rénovation et de l'accompagnement des copropriétés en difficulté est central.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Certaines copropriétés dégradées ne sont pas redressables. Le rôle de l'Anru sera primordial pour faire du recyclage urbain avec expropriation, ou des opérations de reconstruction. C'est l'un des objets du troisième programme qui interviendra hors quartiers prioritaires, là où s'appliquait le programme national de requalification des quartiers anciens dégradés.

L'Anah et l'Anru peuvent intervenir de manière coordonnée au sein d'un même projet de renouvellement urbain. Je partage l'objet de cet amendement, mais il est satisfait : avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Avis défavorable, car satisfait, le dispositif étant déjà opérationnel.

L'amendement n°74 n'est pas adopté.

M. le président.  - Amendement n°311 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - L'implication des habitants dans les opérations de renouvellement urbain est gage de la réussite et de l'acceptabilité des projets. Renforçons-la en réintroduisant dans le texte la concertation avec les habitants, les associations et acteurs économiques des quartiers concernés pour la conception, la mise en oeuvre et l'évaluation des projets de renouvellement urbain.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Le nouveau PNRU a fait de la participation des habitants une étape obligatoire. Cette démarche peut être encore améliorée. Mme Primas préconise ainsi dans son rapport de la renforcer dans le cadre du troisième programme, en développant les maisons de projet. Avis favorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - La concertation était au coeur du projet de l'Anru - je l'ai vu lorsque j'étais maire. Elle est d'ailleurs imposée par son règlement intérieur. Les modalités dépendent des conventions entre l'Anru et les collectivités, sous le contrôle bienveillant du préfet : laissons une forme de liberté au tissu local. Retrait, sinon avis défavorable.

L'amendement n°311 rectifié bis est adopté.

M. le président.  - Amendement n°184 rectifié de M. Fouassin et Mme Duranton.

Mme Nicole Duranton.  - Inscrivons le recours aux matériaux issus du réemploi, de la réutilisation ou du recyclage, ainsi qu'aux procédés constructifs sobres dans les conventions du troisième PNRU. Relancer la construction, c'est aussi construire autrement, avec des matériaux plus sobres, en favorisant les filières locales.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Décliner dans la loi tous les engagements pouvant être pris au titre de chaque axe - la transition écologique en l'espèce - serait trop lourd. Laissons cela à la convention locale. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Avis défavorable. Même s'il faut être vigilant sur les matériaux employés, cette disposition ne relève pas de la loi, mais du règlement intérieur de l'Anru.

L'amendement n°184 rectifié est retiré.

M. le président.  - Amendement n°73 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Élus et habitants ont su travailler ensemble au renouvellement urbain. Tirons les conclusions des expériences passées en inscrivant la nécessité de cette participation citoyenne à l'article 1er.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Cet amendement est satisfait par l'adoption de l'amendement n°311 rectifié bis. Retrait, sinon avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°73 n'est pas adopté.

M. le président.  - Amendement n°162 rectifié bis de Mme Lermytte et alii.

L'amendement n°162 rectifié bis n'est pas défendu.

M. le président.  - Amendement n°15 rectifié de M. Grosvalet et alii.

M. Philippe Grosvalet.  - Nous soutenons le troisième programme, mais l'ambition affichée ne pourra pas tenir avec des moyens aussi limités.

Le précédent programme avait vu ses moyens portés de 5 à 12 milliards d'euros ; il concerne aujourd'hui 447 quartiers prioritaires. Le nouveau programme vise au moins 150 quartiers, sans exclure une extension de ce périmètre ; il doit répondre à des objectifs plus nombreux - transition écologique, services publics, tranquillité publique... Maintenir une enveloppe de 5 milliards, c'est risquer de promettre beaucoup et de financer trop peu.

Les élus, les bailleurs et les habitants ont besoin de visibilité et que les engagements nationaux soient à la hauteur des besoins. Portons les engagements programmatiques à 10 milliards d'euros, en incluant les fonds européens. C'est une question de crédibilité.

M. le président.  - Amendement identique n°75 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - L'argent est le nerf de la guerre : 5 milliards d'euros, c'est bien trop peu, d'autant plus que le programme pourrait être étendu aux centres-villes dévitalisés. Doublons ces crédits, afin d'atteindre les montants précédemment engagés. L'État devra être à la hauteur de cet engagement, sans retard de paiement, pour ne pas mettre la trésorerie de l'Anru en difficulté.

M. le président.  - Amendement identique n°290 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Audrey Bélim.  - Les besoins ont évolué depuis l'Anru 2 : adaptation au changement climatique, au vieillissement, hausse du coût des matériaux, financement incertain... L'égalité réelle impose d'adapter les dispositifs aux réalités ultramarines et de flécher des moyens pour nos territoires, en tenant compte de l'effet levier. Le PNRU c'est 50 milliards d'investissements au total, tous financeurs confondus. Donnons aux acteurs locaux une visibilité suffisante pour mobiliser les financements ; portons donc l'enveloppe à 10 milliards d'euros.

M. le président.  - Amendement identique n°338 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Pour les acteurs locaux du logement, les investisseurs, l'État a perdu en crédibilité, notamment parce qu'il ne payait pas à temps sa contribution. Les acteurs ont besoin de visibilité.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Ces amendements ne nous laissent pas insensibles, mais vu le contexte budgétaire, commençons par sécuriser les financements, pour éviter le saupoudrage. Les conditions budgétaires ne sont pas réunies pour prévoir un programme à 10 milliards. Des financements européens, à hauteur de 750 millions d'euros, ont été demandés - rien n'est confirmé pour l'instant.

Ce troisième programme s'inscrit dans le temps long. Je rappelle que le budget initial des deux précédents programmes avait été rehaussé. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Merci de partager notre ambition pour l'Anru ! L'objectif est d'amorcer, en confiance avec les partenaires de l'Anru. Je rappelle que l'État en est le plus petit financeur ; c'est l'occasion de saluer Action Logement, l'Union sociale pour l'habitat (USH) et la Caisse des dépôts.

Nous attendons le vote du Parlement pour entamer les discussions. L'idée est de démarrer avec 5 milliards d'euros, pour engager des études, regarder si l'Union européenne est une source de financement complémentaire. Sur cette base, nous réajusterons le financement.

Certaines structures font attention à leur dette, notamment Action Logement, qui cherche à se désendetter. Laissons-leur le temps de se préparer. Faisons simple et efficace : démarrons l'Anru 3 - il y a quelques semaines encore, c'était loin d'être gagné ! - puis, budget après budget, nous pourrons abonder l'enveloppe. Retrait, sinon avis défavorable. Ne chargeons pas trop la barque.

Les amendements identiques nos15 rectifié, 75, 290 rectifié bis et 338 ne sont pas adoptés.

L'article 1er, modifié, est adopté.

Article 2

M. le président.  - Amendement n°76 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Nous proposons de supprimer l'article créant les OIL. Si certaines limites ont été introduites en commission, il s'agit une nouvelle fois de déroger aux règles d'urbanisme, comme si elles étaient le seul frein à la production de logements. Le Conseil d'État s'inquiète de la tendance à la multiplication des dérogations qui mettent à mal la cohérence du droit de l'urbanisme.

M. le président.  - Amendement identique n°339 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Nous souhaitons aussi supprimer l'article.

À force d'accumuler les dérogations aux règles d'urbanisme, on multiplie les effets pervers, on fragilise la lisibilité du droit et la cohérence des stratégies locales, alors qu'il est déjà possible d'assouplir certaines règles pour faciliter les projets d'intérêt général.

Parmi les effets pervers, la levée de la servitude de résidence principale risque de conduire à la création de meublés touristiques...

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Généralement, nous ne sommes pas favorables aux dérogations. Mais l'urgence nous oblige à être pragmatiques. La commission a rendu la main aux collectivités pour instaurer ou non ces périmètres de dérogation ; aucune n'y sera obligée.

Nous avons cadré les conditions de création de ces périmètres, en les bornant dans le temps. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Avis défavorable. L'urgence exige de gagner du temps. Les maires bâtisseurs doivent pouvoir accélérer les procédures. Sur dix ans de procédure pour faire sortir des logements de terre, il y a trois ans de construction pure ; le reste, c'est de la paperasse.

On peut accélérer, en faisant confiance au couple maire-préfet - je regrette que la commission ait écarté le garde-fou qu'est le préfet et qu'elle ait ajouté des contraintes : levée de la servitude de résidence principale, consultation du public au moment de l'examen par le conseil municipal, ce qui vient rallonger la procédure...

Enfin, les ABF sont là pour conseiller et éclairer les élus locaux et le préfet, non pour décider à leur place. Là aussi, soyons à l'écoute des élus qui demandent qu'ils rendent un avis simple.

Les amendements identiques nos76 et 339 ne sont pas adoptés.

M. le président.  - Amendement n°154 rectifié de M. Delcros et alii.

M. Bernard Delcros.  - L'OIL, qui permet de déroger, sur dix ans, au PLUi, peut répondre à certaines problématiques locales dans des secteurs en pénurie de logements. On pourrait d'ailleurs envisager d'étendre ces assouplissements aux territoires ruraux...

La commission a apporté des modifications à l'article, notamment en supprimant l'intervention du préfet. Néanmoins, pour donner à la navette toutes les chances d'aboutir, je propose d'en revenir à la rédaction initiale.

M. le président.  - Amendement identique n°207 de M. Bleunven et alii.

M. Yves Bleunven.  - Les OIL vont dans le sens de la simplification. Une durée de cinq ans ne tient pas compte de la maturation nécessaire des opérations d'aménagement ; la consultation ajoute une nouvelle contrainte et intervient trop tôt. Enfin, la notion d'OIL intègre à la fois la production de logements, le développement économique et l'attractivité des territoires.

M. le président.  - Amendement identique n°410 du Gouvernement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Je vous invite à mon tour à revenir à la rédaction initiale. L'objectif, c'est gagner du temps. Inutile de prévoir la consultation du public au moment où le conseil municipal délibère : il n'y a rien à présenter aux habitants. Ce serait à la fois décalé et juridiquement fragile.

Que le préfet soit le co-garant de l'intérêt général des OIL les sécurise. En faisant sauter ce garde-fou, on court le risque de la censure. J'en appelle à votre célèbre sagesse ! (Mme Sophie Primas s'en amuse.)

Les maires et porteurs de projet ont besoin de règles stables. La commission prévoit cinq ans, renouvelables deux fois ; ce n'est pas la même chose qu'un socle de stabilité de dix ans. Des opérations d'aménagement qui ne durent que cinq ans, il n'y en a pas beaucoup, surtout avec des opérations-tiroir.

Cet article n'a pas été écrit sur un coin de table, mais concerté avec le Conseil d'État, les élus locaux et l'équipe de France du logement - bailleurs, promoteurs, aménageurs. Ils demandent du temps et de la visibilité.

M. le président.  - Sous-amendement n°419 de MM. Daubet et Grosvalet.

M. Raphaël Daubet.  - Je ne pense pas que les dérogations au PLU suffisent à massifier la production de logements. Il faudrait plutôt trouver du foncier. Pourquoi ne pas permettre une ouverture accélérée des zones à urbaniser (AU) prévues dans le PLUi ?

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Ces amendements reviennent à la version initiale de l'article. Je répondrai sur chacun des points.

Tout d'abord, il n'est pas question d'écarter le préfet. La position du Sénat a toujours été de laisser la main aux collectivités : à elles de décider si elles souhaitent déroger aux documents d'urbanisme. Le préfet interviendra au titre du contrôle de légalité, sans se prononcer sur l'opportunité de l'acte. C'était la ligne défendue par les rapporteurs dans le projet de loi de simplification des normes applicables aux collectivités territoriales.

Ensuite, nous avons prévu une durée de cinq ans renouvelables, ce qui laisse le temps de modifier les documents d'urbanisme s'il était besoin de pérenniser certaines dérogations. Un bornage dans le temps permet d'éviter l'état d'exception permanent. Le Conseil d'État observe également que le périmètre doit être proportionné aux besoins qui peuvent être satisfaits dans le délai de cinq ans. Au-delà, les besoins de logement peuvent être pris en compte par une évolution du droit commun. J'ajoute que seul le dialogue avec le maire garantira que les dérogations sont accordées. Nous préférons un dispositif mieux bordé juridiquement, dont les effets pourront être prolongés dans le temps.

Il ne me semble pas absurde, si l'on déroge aux règles d'urbanisme, de prévoir une participation du public - c'est une respiration démocratique. Des amendements ont été déposés en ce sens en commission, sur l'initiative de l'AMF ou de France urbaine. Nous avions retenu une participation allégée, par voie électronique. Toutefois, les avis étant partagés, nous sommes prêts à revenir sur ce point.

Enfin, sur la servitude de résidence principale, nous avons recentré la disposition sur les constructions ayant bénéficié de dérogations. Les atteintes au droit de propriété doivent être justifiées par un objectif d'intérêt général, mais aussi proportionnées, a rappelé le Conseil d'État.

Nous avons choisi de baptiser les OIL « périmètres de développement du logement », comme le suggérait le Conseil d'État, car cela correspond mieux à la réalité. Il ne s'agit pas d'un nouvel outil de développement foncier ou d'aménagement pour créer des quartiers nouveaux.

Quant au sous-amendement n°419, il est satisfait par la rédaction de l'article, qui permet de déroger aux orientations d'aménagement et de programmation (OAP) - qui définissent l'échéancier d'ouverture à l'urbanisation des zones. Demande de retrait, de même que pour les amendements de suppression.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis sur le sous-amendement, satisfait : les OIL permettent bien de travailler sur les zones U et AU.

Le Conseil d'État autorise un principe dérogatoire dès lors qu'il est au service de l'intérêt général. Écarter le préfet serait source de fragilité : qui déciderait de l'intérêt général du dispositif dérogatoire ? (Mme Audrey Linkenheld proteste.) Le préfet est une sécurité pour le maire, qui ne décide pas seul.

Le seul autre moyen de garantir l'intérêt général aurait été de zoner le dispositif, en le restreignant aux zones tendues - à l'exclusion donc de la ruralité. Or j'ai toujours voulu que les OIL et les dispositifs fiscaux concernent l'intégralité du territoire. Attention : sans le garde-fou que représente le préfet, l'Assemblée risque d'opter pour un zonage. Je compte sur votre sagesse.

Avec l'accélération du calendrier, nous avons manqué de temps pour échanger et approfondir les sujets. (On le confirme en le déplorant à gauche.) Le Conseil d'État estime que cinq ans est une bonne durée, qui laisse le temps à la commune de modifier son PLU. Mais s'il s'agit d'un PLUi ? Une agglomération peut refuser sa révision ! Tout le projet d'aménagement pourrait être détruit par une délibération intercommunale. Attention ! Dix ans, cela permet de donner de la visibilité et de la clarté. C'est moins le ministre du logement qui parle que l'ancien maire de L'Haÿ-les-Roses, qui a connu les affres de l'instabilité juridique en matière d'aménagement.

Merci aux rapporteures d'avoir évolué sur la question de la participation citoyenne. Nous sommes tous attachés à la concertation, mais elle doit intervenir au bon moment.

Je ne vais pas me battre sur le nom, OIL ou PDL. Je rappelle simplement que l'ambition d'un OIL est bien de réaménager un quartier : il n'y a pas que la construction de logements ! Dans la banlieue parisienne, nous avons parfois fait couler du béton pour construire du logement, oubliant les écoles et les infrastructures qui vont avec. Le nom OIL était aussi un clin d'oeil aux opérations d'intérêt national (OIN). Là encore, votre sagacité s'exprimera.

Mme Audrey Linkenheld.  - Nous voterons contre ces amendements. Je doute que l'article soit paré de tous les avantages que vient de citer M. le ministre. Relisez donc le point 14 de l'avis du Conseil d'État. (L'oratrice, papier en main, lit l'avis du Conseil d'État.) Il est expliqué qu'il n'est point besoin de définir des périmètres de développement et qu'il faut éviter de multiplier les dérogations. Nous proposerons donc des aménagements.

Sur l'intérêt général : les collectivités territoriales en sont détentrices aussi ! (Mme Dominique Estrosi Sassone le confirme.) Qui dit délibération dit contrôle de légalité...

Mme Dominique Estrosi Sassone, rapporteur.  - Exactement !

M. Raphaël Daubet.  - Je vais retirer mon sous-amendement. J'ai un doute sur le fait que les dérogations aux OAP dispensent réellement d'une modification ou d'une révision du document d'urbanisme.

De manière plus générale, je suis réservé sur l'article 2 : d'accord pour construire plus vite, mais pas moins bien.

Le sous-amendement n°419 est retiré.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Nous ne contestons pas les arguments avancés par le ministre : le préfet exercera toujours son contrôle de légalité ; nous croyons aussi au couple préfet-maire ! S'agissant de la durée, nous avons répondu à votre demande en prévoyant d'aller jusqu'à quinze ans.

Nous avons évolué sur la participation du public, qui était un point dur du débat. Nous avons répondu sur la servitude de résidence principale. Enfin, ce qui importe est le contenu du dispositif, non son intitulé.

À la demande du groupe Les Républicains, les amendements identiques nos154 rectifié, 207 rectifié bis et 410 sont mis aux voix par scrutin public.

M. le président. - Voici le résultat du scrutin n°330 :

Nombre de votants 342
Nombre de suffrages exprimés 326
Pour l'adoption 54
Contre 272

Les amendements identiques nos154 rectifié, 207 rectifié bis et 410 ne sont pas adoptés.

M. le président.  - Amendement n°296 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - Déréguler n'est pas la solution pour accélérer la production de logements. On ne sortira pas de la crise du logement, qui frappe les plus vulnérables, sans donner les moyens aux bailleurs sociaux de relancer la production et la rénovation des logements sociaux, sans innovation, sans s'attaquer au coût des constructions, sans simplifier le travail des artisans.

Quel est l'intérêt de l'article 2 alors qu'il existe déjà des procédures accélérées, comme la déclaration de projet ?

Autre objection : les besoins induits par l'accueil de nouvelles populations ne sont pas pris en compte.

Enfin, les dérogations aux règles d'urbanisme sont trop larges ; les règles seraient différentes au sein d'un même PLU, ce qui sera source de confusion.

Néanmoins, les collectivités doivent pouvoir tester l'outil. Notre amendement précise le caractère exceptionnel de la mesure, qui pourra être mise en oeuvre jusqu'au 31 décembre 2030, avant une éventuelle reconduction, après évaluation.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - La mesure doit être bornée dans le temps, je suis d'accord - nous avons réduit de moitié la durée de chacune de ces opérations, tout en facilitant le renouvellement. Toutefois, ne laisser que jusqu'au 31 décembre 2030, ce n'est même pas laisser la chance aux conseillers municipaux élus en 2032 de se saisir d'un tel projet. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°296 rectifié bis n'est pas adopté.

M. le président.  - Amendement n°297 rectifié bis de M. Fagnen et du groupe SER.

M. Sébastien Fagnen.  - Nous explicitons le champ des territoires éligibles en cas de projets industriels, énergétiques ou d'intérêt national. Je pense au projet Aval du futur d'Orano, dans la Manche, qui verra l'afflux rapide de 15 000 salariés. Il faut accompagner nos collectivités pour qu'elles y répondent au mieux. Cet amendement conforte le régime dérogatoire pour les communes confrontées à des projets industriels de grande envergure.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Cette précision est peu normative ; mais si vous estimez qu'elle facilitera la mise en oeuvre de ces périmètres, avis favorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Le texte le permet tout à fait. Il suffit aux élus locaux de se saisir de ce périmètre dérogatoire, qui accompagne la création des sites industriels. Sagesse.

L'amendement n°297 rectifié bis est adopté.

M. le président.  - Amendement n°434 du Gouvernement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Dans la rédaction de la commission, le préfet assure certes le contrôle de légalité mais ne sert plus de garde-fou. Il ne peut s'assurer que le projet n'a pas d'impact, par exemple sur les infrastructures d'eau potable. Cet amendement lui donne un rôle plus actif. Je fais confiance au maire, mais le préfet joue parfois un rôle d'arbitre, car un maire a souvent des voisins...

M. le président.  - Amendement n°422 de Mmes Gacquerre et Estrosi Sassone, au nom de la commission des affaires économiques.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Rédactionnel.

Avis défavorable à l'amendement n°434.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Avis favorable à l'amendement n°422.

L'amendement n°434 n'est pas adopté.

L'amendement n°422 est adopté.

M. le président.  - Amendement n°433 du Gouvernement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Le renouvellement jusqu'à quinze ans est une bonne chose. Les étapes intermédiaires, susceptibles de changer les règles du jeu en cours de projet, créent une instabilité. Le délai de dix ans est plus pertinent.

M. le président.  - Amendement n°423 rectifié de Mmes Gacquerre et Estrosi Sassone, au nom de la commission des affaires économiques.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Cet amendement permet de renouveler les périmètres de développement du logement deux fois.

Avis défavorable à l'amendement n°433.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Je préférais dix ans, mais à tout prendre, je préfère trois fois cinq ans à deux fois cinq. Avis favorable.

L'amendement n°433 n'est pas adopté.

L'amendement n°423 rectifié est adopté.

M. le président.  - Amendement n°326 rectifié de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - La spéculation prive les habitants de logements abordables. Donnons la possibilité aux communes de réguler les prix du foncier et de l'immobilier pour garantir l'accessibilité des logements. Le coût du foncier est déterminant dans les projets immobiliers.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Nous cherchons la souplesse, vous les contraintes ; le blocage des prix a toujours pour effet la rétention du foncier et la fuite des investisseurs. Retrait.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°326 rectifié n'est pas adopté.

M. le président.  - Amendement n°430 du Gouvernement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Mme la rapporteure a donné son accord oral pour cette disposition qui concerne la consultation du public ; je suis heureux de ce compromis !

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Avis favorable.

L'amendement n°430 est adopté.

M. le président.  - Amendement n°432 du Gouvernement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Les périmètres créés ne concernent pas que le logement : tous les équipements publics sont liés. Le nom importe peu, cela dit : je retire l'amendement.

L'amendement n°432 est retiré.

M. le président.  - Amendement n°166 rectifié de Mme Gosselin et alii.

Mme Béatrice Gosselin.  - Les communes littorales sont soumises à une forte pression foncière. Cela justifie de déroger à la continuité territoriale prévue dans la loi Littoral afin de créer des logements dans les zones tendues, tout en respectant les règles des 100 mètres, les espaces remarquables, les zones exposées au recul du trait de côte. Sans ces dérogations, on ne pourra pas construire à Cherbourg, bordée trois fois par la mer, alors qu'il faudra loger les employés du projet Aval du futur, évoqué par M. Fagnen.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - L'article 2 prévoit que les PDL ne pourront être institués que dans les zones U et AU. La loi Littoral est un frein à la production de logements, alors que les territoires littoraux sont attractifs. Les secteurs U qui ne sont pas assez grands pour être qualifiés de village ou d'agglomération ne peuvent faire l'objet d'une extension en continuité, uniquement d'une densification.

Or ces PDL permettent uniquement de déroger au PLU, pas à la loi Littoral. L'amendement est inopérant. Retrait ?

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°166 rectifié n'est pas adopté.

M. le président.  - Amendement n°59 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Il ne faut pas déroger aux règles garantissant la mixité sociale, essentielles pour produire du logement social et abordable. Par mixité sociale, nous entendons que les catégories populaires puissent se loger là où elles le souhaitent, près de leur travail et des services publics. C'est un objectif prioritaire. Ne créons pas de nouvelles ségrégations socio-spatiales.

M. le président.  - Amendement identique n°295 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - Le PDL déroge aux règles locales d'urbanisme sur l'initiative de la commune. Ces dérogations, dont le champ est étendu, ne doivent pas se faire au détriment des équilibres sociaux inscrits par les collectivités dans leur planification urbaine.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Les règles de mixité sociale peuvent être bloquantes, décourageant l'opérateur ; trop ambitieuses, ou pas assez, car la sociologie de la ville a changé par exemple. Cet article donne de la souplesse, mais ne permet en rien de déroger aux obligations de la loi SRU. Retrait ?

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

Les amendements identiques nos59 et 295 rectifié bis ne sont pas adoptés.

M. le président.  - Amendement n°117 rectifié de Mme de Cidrac et alii.

Mme Marta de Cidrac.  - Nous voulons accélérer la production de logement, mais pas au détriment de la qualité du bâti. Nous confions la construction à une mission complète de maîtrise d'oeuvre assurée par un architecte.

Le bâti d'aujourd'hui est notre patrimoine de demain. N'oublions pas la qualité de nos constructions.

M. le président.  - Amendement identique n°119 rectifié bis de Mme Drexler et alii.

Mme Sabine Drexler.  - Défendu.

M. le président.  - Amendement identique n°212 de Mme de Marco.

Mme Monique de Marco.  - Nous garantissons la qualité et la durabilité du bâti en confiant la construction à un architecte.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Rien n'impose le recours à un architecte pour le suivi de l'ensemble du projet, sinon pour les projets de grande envergure. Pourquoi renchérir ainsi les coûts de construction ? Demande de retrait.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Nous voulons simplifier pour accélérer.

Mme Marta de Cidrac.  - Il est prouvé que lorsqu'un architecte a une mission complète, cela permet de faire des économies. On ne peut se passer d'un professionnel assermenté qui est là pour assurer la qualité du bâti. Ces professionnels sont de bon conseil.

Mme Sabine Drexler.  - Cet amendement apporte une garantie simple et équilibrée. La simplification des procédures ne doit pas se faire au détriment du cadre de vie et de la durabilité des constructions.

Mme Viviane Artigalas.  - Nous voterons cet amendement. La qualité du logement a des effets sur la qualité de vie des habitants ; on l'a vu dans les opérations de rénovation urbaine.

Les amendements identiques nos117 rectifié, 119 rectifié bis et 212 sont adoptés.

La séance est suspendue à 20 h 05.

Présidence de Mme Sylvie Vermeillet, vice-présidente

La séance reprend à 21 h 35.

Article 2 (Suite)

Mme la présidente.  - Amendement n°160 rectifié bis de M. Gillé et du groupe SER.

M. Hervé Gillé.  - Nous proposons que les projets réalisés dans les PDL puissent porter sur des constructions légères relevant de l'habitat mobile et solidaire. Il s'agit d'élargir les solutions à la disposition des collectivités. Maîtrise des coûts, sobriété foncière, limitation de l'artificialisation : ces constructions présentent de nombreux avantages. Ne nous privons pas de l'agilité qu'elles offrent.

Par ailleurs, il faut structurer la filière via la création d'un statut d'opérateur de l'habitat solidaire. En Gironde, l'association TrAnsit développe des solutions innovantes qui montrent la voie. J'espère que l'adoption de cet amendement sera la première étape d'une réflexion sur la création d'une filière française de l'habitat mobile léger.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Retrait, l'amendement étant satisfait par les dispositions de l'article 2. Rien ne s'oppose à l'octroi à de tels projets des dérogations prévues dans le cadre des PDL.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Monsieur Gillé, je suis tout à fait convaincu de ce que vous défendez. Merci d'avoir rappelé l'intérêt de ces projets, que j'ai pu mesurer dans le Morbihan à l'invitation de M. Bleunven.

M. Hervé Gillé.  - Nous sommes d'accord sur l'intérêt de ces solutions innovantes. Je suivrai les choses avec beaucoup d'attention.

L'amendement n°160 rectifié bis est retiré.

Mme la présidente.  - Amendement n°431 du Gouvernement.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Nous en avons longuement discuté avant la suspension. Je retire l'amendement.

L'amendement n°431 est retiré.

Mme la présidente.  - Amendement n°114 rectifié de M. Ouzoulias.

M. Pierre Ouzoulias.  - Nous abordons l'enjeu de la qualité de l'architecture et de la protection du patrimoine.

Le calendrier imposé par le Gouvernement a empêché la commission de la culture de se saisir de ces dispositions. La ministre de la culture n'est pas au banc du Gouvernement et vos services n'ont pas pris la peine de se pencher sur la proposition de loi Verzelen, pourtant adoptée à l'unanimité par le Sénat en mars 2025.

Pour construire vite, il faudrait mettre de côté la qualité de l'architecture et la protection du patrimoine ; je le déplore.

L'article 2 impose au maire de délivrer le permis sans compromettre la bonne insertion des nouveaux bâtiments dans le tissu urbain. Mais c'est exactement la mission des ABF ! En réalité, vous transférez le poids du contentieux de l'État vers le maire.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°164 rectifié ter de M. Lafon et alii.

M. Laurent Lafon.  - Je comprends la volonté d'accélérer la construction, mais l'avis conforme des ABF concerne les bâtiments en covisibilité avec un monument historique, soit 20 % seulement des logements.

L'avis conforme, ça marche ! Regardez autour du Sénat ou dans les villes ayant des bâtiments historiques. Oui, la procédure est exigeante, mais elle porte ses fruits avec le temps.

Tout cela part de l'idée que les maires seraient opposés aux avis des ABF. Mais c'est loin d'être le cas ! Maire pendant quinze ans d'une ville couverte à 90 % par l'avis conforme, je considérais l'ABF non comme un opposant, mais comme un partenaire. (Mme Marie-Pierre Monier et M. Pierre Ouzoulias renchérissent.) Il m'a permis de refuser certains permis dont je savais qu'ils auraient modifié l'aspect de la ville.

En retirant aux maires la possibilité de s'abriter derrière l'avis conforme de l'ABF, vous les exposez directement à des procédures. (M. Max Brisson renchérit.)

Mme la présidente.  - Amendement n°50 rectifié ter de Mme Joseph et alii.

Mme Else Joseph.  - Depuis plusieurs années, les travaux de notre assemblée soulignent le rôle indispensable de l'ABF et la nécessité de mieux préserver notre patrimoine. Alors même que les moyens des ABF sont limités, ce dispositif les fragilisera en leur retirant leur avis conforme.

La préservation du patrimoine est un droit aussi important que le droit au logement. Les locataires aussi ont droit au beau, à travers un environnement patrimonial dont la préservation suppose le maintien de l'avis conforme des ABF. Refusons une protection du patrimoine au rabais.

MM. Laurent Lafon et Pierre Ouzoulias.  - Très bien !

Mme la présidente.  - Amendement identique n°214 de Mme de Marco et alii.

Mme Monique de Marco.  - Comme mes collègues de la commission de la culture, je m'oppose à la possibilité de déroger au PLU tout en contournant l'avis conforme des ABF. Le Conseil d'État a souligné l'absence de nécessité de cette disposition.

Les travaux de la mission d'information sur les ABF et la proposition de loi qui s'en est ensuivie ont montré que ces experts sont de précieux conseils pour la construction d'une ville durable, au même titre que les conseils d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE), hélas fortement menacés -  notamment en Gironde.

Réduire le rôle des ABF à l'expression d'un avis simple pourrait remettre en cause leur existence même, donc toute politique de protection de notre patrimoine architectural.

Mme la présidente.  - Amendement n°293 rectifié bis de Mme Monier et du groupe SER.

Mme Marie-Pierre Monier.  - À de nombreuses reprises, le Sénat a entendu préserver le rôle des ABF. La mission d'information dont j'ai eu l'honneur d'être présidente a montré qu'ils sont un frein à l'urbanisation désordonnée et les garants de la protection du patrimoine, donc du cadre de vie, mais aussi du potentiel touristique de notre pays.

À titre de repli, nous proposons de prioriser le traitement par les ABF des dossiers relatifs aux PDL. Mais cela suppose des effectifs humains à la hauteur, d'autant que, entre 2006 et 2023, le nombre d'avis rendus a augmenté de 70 %. Il faudra donc augmenter en PLF le plafond d'emplois pour recruter au moins un ABF par département.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Je rappelle en préambule que cette disposition s'inscrit dans le cadre des PDL ; elle n'a donc pas vocation à s'appliquer à l'ensemble du territoire.

Nous sommes tous attachés à la préservation de notre patrimoine. Nul ne conteste le rôle des ABF à cet égard. Mais, souvent, les élus sont confrontés à des blocages incompréhensibles sur des projets essentiels à la vie quotidienne de nos concitoyens. Ceux-ci ne sauraient être freinés indéfiniment.

Nous ne proposons pas de supprimer l'avis des ABF (M. Yannick Jadot en doute) et n'opposons pas patrimoine et développement local. Nous recherchons un équilibre : l'avis des ABF proposera des adaptations, mais ne pourra être systématiquement bloquant. Nombre d'élus locaux nous ont dit leur incompréhension face aux pouvoirs des ABF. Préserver, oui ; mais figer, non.

J'ajoute que les mécanismes de concertation ne fonctionnent pas, tout comme la possibilité de déroger aux décisions des ABF.

Avis défavorable à tous les amendements, sauf à l'amendement n°293 rectifié bis, dont nous sollicitons le retrait, car ce n'est pas tant la durée d'instruction qui bloque les projets que le caractère contraignant de l'avis ; en outre, on risquerait de retarder les avis sur des projets plus simples.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Il ne s'agit pas d'opposer préservation du patrimoine et construction de logements.

Madame Joseph, le droit au logement me semble tout de même supérieur à la préservation du patrimoine, même si je suis attaché à cette dernière.

Les ABF ont pour rôle d'éclairer les élus locaux. Dans le texte initial, je proposais que le préfet conforte ou non l'avis des ABF. Vous m'avez dit : faisons confiance au maire. Allons au bout de la logique, en faisant confiance au maire pour être à l'écoute des ABF et ne pas avoir envie de dénaturer sa ville.

Qui n'a pas eu l'expérience d'un ABF qui disait blanc quand un autre disait rouge et un troisième violet ? Parfois, le dialogue avec les ABF se passe à merveille, mais ce n'est pas toujours le cas : monsieur Lafon, j'ai connu, à l'ouest de notre beau département, un ABF qui refusait de parler aux élus locaux...

Nous défendons les ABF dans leur rôle de conseil, mais avec un avis simple.

M. Pierre Ouzoulias.  - La ministre de la culture appréciera d'être ainsi dépossédée de sa compétence...

Si le bâti parisien est homogène, c'est grâce aux normes très contraignantes imposées par le baron Haussmann. Aujourd'hui, aucun maire n'accepterait de telles prescriptions.

J'ai souvent entendu la demande, que je soutiens, de mieux protéger les édifices religieux. Beaucoup de maires ne demandent pas moins de protection, mais plus, notamment dans les centres-villes où vous voulez faire vos opérations.

Si certains maires estiment que les normes sont trop contraignantes, qu'ils demandent le déclassement ! Il est vrai que le statut de monument historique s'accompagne d'une subvention...

M. Laurent Lafon.  - Les chiffres du ministère de la culture montrent que 7 % des projets seulement sont refusés par les ABF - 93 % des projets sont donc acceptés, grâce aux échanges entre maires et ABF.

Le cas le plus fréquent n'est pas celui d'une école, madame la rapporteure, mais le changement de volets ou la mise en place de panneaux photovoltaïques en face d'un monument historique. L'ABF est utile aux élus en confortant leur refus.

Vous dites, monsieur le ministre : on connaît tous des ABF qui disent blanc là où un autre dit noir. Mais c'est exactement pareil pour les maires !

Dans les communes où il existe de vrais quartiers historiques liés à un monument, le maire travaille avec l'ABF. Le retrait de l'avis conforme exposera les maires, qui seront seuls pour justifier leur refus.

M. Pierre Ouzoulias.  - Très bien !

M. Yannick Jadot.  - Oui, il y a des problèmes avec certains ABF en raison de l'absence de doctrine commune. Oui, il faut les former à l'adaptation du patrimoine aux nouveaux défis. Mais perdre cet héritage et la perspective du beau simplement parce que « les maires savent », je ne l'accepte pas.

Si l'on avait laissé aux maires l'aménagement urbain et l'évolution des façades, de nombreuses villes seraient laides. Quand on construit un bâtiment pour un siècle, ça ne peut pas être simplement sur l'impulsion d'un maire qui sera là six ans.

Oui, il faut faire évoluer les ABF, mais maintenons leur avis conforme. Et qu'on ne nous dise pas que c'est limité à certains périmètres ! Une fois qu'on aura mis le doigt dans l'engrenage de l'avis simple, l'ensemble des projets finiront par être concernés.

Mme Sabine Drexler.  - L'accélération de la production de logements ne peut signifier l'affaiblissement des garanties qui protègent ce que nous ne pourrons jamais reconstruire. L'avis simple ne supprime ni une étape ni un délai : il change celui qui aura le dernier mot. Ce n'est donc pas une simplification. En revanche, c'est faire fi, voire mépriser, l'expertise des ABF. Cette évolution va à rebours de l'avis du Conseil d'État.

M. Max Brisson.  - Pensons à André Malraux et à la sauvegarde des quartiers historiques. Heureusement que des hommes politiques de haut niveau, par des décisions fortes dont nous sommes les héritiers, ont assuré la beauté de nos villes.

La cohérence de la commission de la culture est ancienne et totale sur ce sujet. (M. Pierre Ouzoulias renchérit.) Nous soutenons les ABF. Quand on se compare avec nos voisins européens sur ce sujet, on peut être fier d'être français.

Au nom du droit au logement, on a fait d'horribles choses, défigurant le pays : souvenez-vous de l'émission de Michel Péricard La France défigurée.

Les ABF peuvent bloquer, bien sûr. Mais, à Biarritz, ville particulière s'il en est, nous avons su trouver des solutions. Nous avons assumé des positions fortes et durables.

Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec M. Jadot : si l'on ouvre cette porte, d'autres s'ouvriront ensuite, jusqu'à remettre en cause les fondements de notre politique patrimoniale. Les hommes et les femmes pour qui on va construire des logements ont aussi droit à un bel environnement ! (M. Pierre Ouzoulias et Mme Marie-Pierre Monier applaudissent.)

Mme Marie-Pierre Monier.  - En effet, prévoir un avis simple reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore.

Les ABF, grâce à leur indépendance, peuvent rendre un avis juste. Les litiges sont peu nombreux.

Ne perdons pas de vue que l'activité touristique de la France est liée à la qualité architecturale de notre patrimoine. À Figeac, par exemple, un travail de concertation remarquable a été mené entre toutes les parties prenantes, avec un grand succès. (Applaudissements sur quelques travées des groupes Les Républicains et UC ; Mme Viviane Artigalas applaudit également.)

Mme Frédérique Puissat.  - Pas un élu local ne conteste les ABF ; mais pas un ne nous demande pas de desserrer leur étau. La position de la commission n'est pas radicale : l'avis de l'ABF n'est pas supprimé, mais devient simple. Je voterai contre les amendements.

M. Yves Bleunven.  - J'avais peur d'être le seul mouton noir... Avec Muriel Jourda, nous avons envoyé deux questionnaires aux élus du Morbihan, avant et après les municipales : la complexité des relations avec l'ABF est mise en avant à chaque fois. Simplifier dans certains périmètres me paraît aller dans le bon sens.

Mme Sonia de La Provôté.  - Avec l'avis simple, vous proposez ni plus ni moins que la suppression du rôle de l'ABF ! Pourtant, des générations d'ABF ont permis à la France de rester ce qu'elle est, de préserver le patrimoine de toutes ses communes, grandes ou petites. Élue locale, je n'ai jamais eu aucun problème avec un ABF.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Vous avez de la chance !

Mme Sonia de La Provôté.  - Bien sûr, il faut s'interroger sur la doctrine appliquée et l'aptitude au dialogue -  d'un côté comme de l'autre. Mais l'avis conforme est un outil de protection de notre patrimoine. Avec l'avis simple, les opérateurs feront des copier-coller : un modèle de maison et un modèle d'immeuble qu'on collera partout.

M. Cédric Chevalier.  - Le problème, c'est le manque de moyens des ABF !

Mme Marie-Pierre Monier.  - Eh oui !

M. Cédric Chevalier.  - Nous en débattrons lors du PLF. La plupart des ABF rendent des avis non conformes faute de temps pour traiter les dossiers.

Nous voulons aller vite. Certes, l'avis ne sera pas conforme, mais il permettra au maire de se positionner. Au reste, il s'agit d'une expérimentation dans certains territoires.

M. Jean-François Longeot.  - Nous avons régulièrement cette discussion, c'est bien qu'il y a un problème.

Je voudrais qu'ici l'on bannisse le mot « simplification ». On est incapable de simplifier parce qu'on ne fait confiance à personne !

Au pôle Courbet à Ornans, aucun des maires successifs n'a porté atteinte au patrimoine.

Les ABF n'ont plus le temps de nous conseiller, alors que les maires ont justement besoin de conseils, car ce ne sont pas des spécialistes, mais des généralistes. Mais ils n'ont pas besoin qu'on leur dise non.

Et ces avis sont subjectifs. Je l'ai vécu : un ABF nous donne un avis négatif ; six mois plus tard, changement d'ABF, changement d'avis...

Mme Micheline Jacques.  - À Saint-Barthélemy, nous avons rénové un presbytère, à l'identique. Or l'ABF refusait que certaines parties du bâtiment, attaquées par les termites, soient retirées. Le maire, qui est passé outre, a perdu 400 000 euros de subvention... Si nous avions suivi l'avis de l'ABF, le bâtiment aurait été victime des termites. Il faut faire confiance aux élus et ne pas les infantiliser. Les ABF doivent les conseiller et les accompagner. Je suivrai la rapporteure.

M. Philippe Folliot.  - Nous avons déjà débattu du rôle des ABF au sujet des panneaux photovoltaïques. Le patrimoine, c'est du temps long. La loi ne doit pas être dictée par nos émotions et besoins du moment. Si notre pays est tel qu'il est, c'est grâce aux ABF et à des visionnaires comme André Malraux.

M. Max Brisson.  - Très bien !

M. Philippe Folliot.  - Voyez ce qui s'est passé dans d'autres pays ! Pouvons-nous prendre le risque que soit commis l'irréparable ? (MM. Pierre Ouzoulias, Max Brisson et Mme Marie-Pierre Monier applaudissent.) Soyons les gardiens du patrimoine et du temps long.

M. Ronan Dantec.  - On a des exemples dans les deux sens.

Avez-vous vu ce que Louis Pradel a fait au centre de Lyon ? Avec des ABF forts, Lyon ne serait pas dans cet état-là, surtout autour de Perrache, où c'est hideux. Mais c'étaient les années béton. On a besoin des ABF, et on ne peut pas se contenter du maire.

À l'inverse, on connaît des ABF tatillons. Ainsi, chez moi, quelques centimètres de la pale étant visibles depuis le château situé à 25 kilomètres, le projet éolien a été bloqué... Une aberration.

On ne peut pas prendre une décision aussi lourde dans ces conditions - même si on l'a bien fait la semaine dernière... Il faut trouver un compromis, à l'image de ce qui a été fait en 2022 pour le photovoltaïque. Je suis contre l'avis simple.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - J'ai assez d'anecdotes hallucinantes impliquant les ABF pour tenir jusqu'à minuit...

Mme Sonia de La Provôté.  - On en a plein aussi !

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Je rappelle qu'il y a 4 millions de mal logés dans notre pays. Monsieur Ouzoulias, heureusement qu'Haussmann était entouré d'une dizaine d'ABF...

M. Pierre Ouzoulias.  - Il n'y en avait pas. Napoléon III, c'était efficace...

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Ah... Il n'y en avait pas ?

Qu'ont dit les ABF du projet de pyramide du Louvre ? Ils étaient farouchement contre ! Et aujourd'hui, l'un d'entre eux voudrait-il la démolir ? Je ne le pense pas. (Protestations sur les travées du GEST)

M. Pierre Ouzoulias.  - Vous n'êtes pas ministre de la culture !

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Monsieur Ouzoulias, je vous ai écouté religieusement. (M. Pierre Ouzoulias proteste.) Je vous rappelle que les ministres au banc s'expriment au nom de tout le Gouvernement.

Mme Drexler me dit qu'il faut protéger notre patrimoine : je suis 100 % d'accord. Mais le patrimoine classé est protégé, y compris dans les nouveaux périmètres que nous venons de voter. Cela va de soi. Pour autant, la question de l'aménagement du pourtour se pose.

Je fais confiance au maire. (M. Yannick Jadot écarte les bras.) Si le maire de Vincennes veut protéger son patrimoine, il discute avec l'ABF. Personne ne forcera un maire à faire un projet hideux qui défigurerait sa ville !

M. Laurent Lafon.  - Et le maire de Saint-Denis ?

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Je suis chargé du projet « Marseille en grand ». La ville compte des copropriétés extrêmement dégradées. Je pense à un projet qui va coûter une fortune, parce que l'ABF nous demande de protéger une mosaïque des années 1980 -  allez la voir, ça vaut le détour !

Il faut préserver l'ancien et le moderne. Dans cinquante ans, d'aucuns diront que ce que nous avons fait dans les années 2025 doit être protégé. Le patrimoine est vivant. (M. Max Brisson s'exclame.)

Je crois à l'ABF qui préserve le patrimoine, pas à l'ABF qui détient la vérité sur le beau. Je défends les ABF dans leur rôle de conseil, mais ce n'est pas à eux de décider de ce qui est beau ou non. Qu'ils conseillent, pour éviter une rupture de style, par exemple, oui, bien sûr - ainsi sur l'installation de volets sur un bâtiment haussmannien.

Dans votre hémicycle aussi, on a concilié patrimoine et modernité : micros, écrans... Ils ne sont pas jaune fluo. (Protestations)

M. Max Brisson.  - N'importe quoi !

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Nous sommes nombreux à avoir connu des ABF qui nous disaient : « ça, ce n'est pas beau ». Qu'on m'explique que cela ne correspond pas au style du bâtiment, d'accord, mais pas que c'est moche. Revenons à l'essentiel : des gens meurent dans la rue. (M. Max Brisson s'exclame.)

M. Yannick Jadot.  - Ce n'est pas la faute des ABF !

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Ce texte doit accélérer la production de logements en réduisant les délais, comme pour les jeux Olympiques, sous le contrôle du maire -  ainsi que vous le souhaitez. (M. Yannick Jadot manifeste sa consternation.)

M. Max Brisson.  - Scandaleux !

M. Guillaume Gontard.  - S'il y a 4 millions de mal-logés, ce n'est pas la faute des ABF.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Ce n'est pas ce que j'ai dit.

M. Guillaume Gontard.  - C'est votre bilan : assumez-le ! Qu'un ministre tienne de tels propos sur les ABF est hallucinant.

M. Max Brisson.  - Absolument !

M. Guillaume Gontard.  - Les ABF sont des professionnels formés. S'il existe un avis conforme, ce n'est pas pour rien.

Opposer modernité et patrimoine n'a rien à voir avec le travail des ABF, qui proposent souvent d'allier les deux.

Oui, les avis peuvent diverger. Architecte, je ne proposerai pas le même projet que mon collègue, alors que la commande est la même.

Si la France attire autant de visiteurs, c'est grâce à son patrimoine, préservé. Voyez comment cela se passe ailleurs.

Bien sûr, on peut discuter des méthodes des ABF et de leur périmètre d'intervention. Mais je rappelle qu'il s'agit de professionnels !

À la demande de la commission des affaires économiques, les amendements identiques nos114 rectifié et 164 rectifié ter sont mis aux voix par scrutin public.

Mme la présidente.  - Voici le résultat du scrutin n°331 :

Nombre de votants 328
Nombre de suffrages exprimés 327
Pour l'adoption 137
Contre 190

Les amendements identiques nos114 rectifié et 164 rectifié ter ne sont pas adoptés.

Les amendements identiques nos50 rectifié ter et 214 ne sont pas adoptés, non plus que l'amendement n°293 rectifié bis.

Mme la présidente.  - Amendement n°274 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Nous voulons que les OIL ne se traduisent pas par l'éviction des habitants des quartiers concernés. D'où un socle minimal de garanties : information préalable, droit au relogement, maintien de conditions économiques compatibles avec les ressources du ménage...

Il s'agit de concilier l'objectif de relance de la construction avec les exigences de mixité sociale et de protection du droit au logement.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - L'amendement est satisfait, car les PDL ne permettent de déroger qu'aux règles du PLU et à l'avis conforme de l'ABF. Retrait ?

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°274 n'est pas adopté.

L'article 2, modifié, est adopté.

Article 3

Mme la présidente.  - Amendement n°299 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe CRCE-K.

Mme Viviane Artigalas.  - L'article 3 autorise le Gouvernement à prendre par voie d'ordonnance des mesures pour simplifier et rationaliser les procédures de mise en compatibilité des documents de planification et d'urbanisme.

Ces dernières années, les procédures dérogatoires aux PLU se sont multipliées. C'est un mauvais signal qui grignote la libre administration des collectivités. Malgré leur technicité, nous ne souhaitons pas que le Parlement soit dessaisi de ces mesures. D'où cet amendement de suppression, conforme à la tradition sénatoriale.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°340 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Nous souhaitons aussi supprimer l'article, pour les mêmes raisons. Les ordonnances privent le Parlement d'un débat essentiel qui relève de sa responsabilité.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - En effet, nous n'aimons pas les ordonnances. Mais cette réforme, très technique, supposera de très nombreuses coordinations juridiques dans différents codes. Nous souhaitons que les associations d'élus locaux soient consultées. Retrait, sinon avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Je m'engage à consulter les associations d'élus.

Les amendements identiques nos299 rectifié bis et 340 ne sont pas adoptés.

L'article 3 est adopté.

Article 4

Mme la présidente.  - Amendement n°70 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Ce dispositif d'amortissement fiscal, adopté dans la dernière loi de finances, n'a pas encore été évalué et c'est un manque à gagner pour l'État ! Dès lors, pourquoi le renforcer ?

Vous êtes plus prompts à multiplier les allègements fiscaux en faveur des investisseurs privés qu'à soutenir la construction de logements sociaux abordables !

On ne construit que 100 000 logements sociaux par an, alors que les besoins étaient de 3 millions en 2025. En Île-de-France, au 31 décembre 2025, 933 996 demandes de logements sociaux étaient en attente, en augmentation de 45 850 demandes sur un an. L'urgence est là. Nous avons besoin de recettes publiques, pas de réductions fiscales.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis défavorable. Le Pinel s'étant arrêté, ce dispositif est très attendu par les professionnels pour relancer la construction, via la mobilisation de l'épargne dormante des classes moyennes. Il s'adresse aux petits propriétaires, d'un, deux, trois logements. Les loyers seront plafonnés et bénéficieront donc aux plus modestes. Je ne vois que des bénéfices à ce dispositif.

Souvenons-nous : nous avons réduit la RLS lors de la dernière loi de finances, pour relancer le logement social via de nouvelles capacités d'agir pour les bailleurs sociaux.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Les loyers sont plafonnés, tant dans l'ancien que dans le neuf. Ce dispositif fiscal produit donc du logement abordable.

Le dernier PLF ayant été adopté avec un 49.3, le dispositif a été rédigé - c'est la règle - sur la base des amendements déposés ; or les dispositifs les mieux-disants sur le neuf étaient les moins-disants sur l'ancien... Le Premier ministre avait promis de corriger le dispositif ultérieurement sur l'ancien. D'où cet article.

Le texte adopté en loi de finances exigeait d'atteindre des étiquettes A ou B -  ce qui est impossible pour des logements collectifs anciens. Nous voulons maintenir une ambition de rénovation, avec l'objectif d'atteindre la lettre D -  des interdictions concernant la lettre E seront mises en oeuvre prochainement...

L'amendement n°70 n'est pas adopté.

Mme la présidente.  - Amendement n°1 rectifié ter de M. Burgoa et alii.

L'amendement n°1 rectifié ter n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°19 rectifié de M. Masset et alii.

M. Michel Masset.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°96 de M. Buis.

L'amendement identique n°96 n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°98 rectifié bis de M. Sautarel et alii.

L'amendement identique n°98 rectifié bis n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°115 rectifié bis de Mme de Cidrac et alii.

Mme Pascale Gruny.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°129 rectifié quinquies de Mme Joseph et alii.

Mme Frédérique Puissat.  - Nous sommes nombreux à soutenir ces amendements identiques, suggérés par la filière BTP...

Mme Audrey Linkenheld.  - Bravo !

Mme Frédérique Puissat.  - ... et qui visent à étendre le dispositif au logement individuel neuf. Ils traitent également la question des logements équipés d'une chaudière fonctionnant aux énergies fossiles.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°132 rectifié bis de M. Gremillet et alii.

M. Max Brisson.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°18 rectifié bis de Mme Carrère et alii.

M. Michel Masset.  - Amendement de repli, qui vise à rendre le dispositif Jeanbrun plus opérationnel, sans en modifier l'équilibre général. Il inclurait le logement individuel neuf, assouplirait les conditions sur l'ancien en remplaçant le seuil minimum de travaux par une progression de deux classes énergétiques pour les logements F ou G et d'une classe pour les autres, supprimerait l'exclusion liée aux chaudières fonctionnant aux énergies fossiles et recentrerait l'exclusion des locations sur les seuls membres du foyer fiscal du bailleur.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°95 de M. Buis.

L'amendement identique n°95 n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°97 rectifié de M. Sautarel et alii.

L'amendement identique n°97 rectifié n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°134 rectifié bis de M. Gremillet et alii.

M. Max Brisson.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°2 rectifié bis de M. Capo-Canellas et alii.

M. Vincent Capo-Canellas.  - La crise du logement impose d'agir rapidement pour relancer l'investissement locatif -  c'est l'objectif du dispositif Jeanbrun. Mais ses critères sont trop restrictifs.

Nous l'ouvrons donc aux maisons individuelles neuves. Nous remplaçons le seuil de 20 % de travaux sur une exigence de résultat. Nous supprimons la condition relative aux énergies fossiles. Ces ajustements pragmatiques sont inspirés de la proposition de loi de Valérie Létard.

Mme la présidente.  - Amendement n°20 rectifié de M. Masset et alii.

M. Michel Masset.  - Amendement de repli pour ouvrir le dispositif aux logements individuels neufs, supprimer le seuil minimum de travaux, ainsi que la condition relative à l'absence de chaudière fonctionnant aux énergies fossiles.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°22 rectifié de M. Chasseing et alii.

M. Cédric Chevalier.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°94 de M. Buis.

L'amendement identique n°94 n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°99 rectifié bis de M. Sautarel et alii.

L'amendement n°99 rectifié bis n'est pas défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°133 rectifié bis de M. Gremillet et alii.

M. Max Brisson.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°281 rectifié ter de Mme Havet et alii.

Mme Nadège Havet.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°4 rectifié de M. Capo-Canellas et alii.

M. Vincent Capo-Canellas.  - Amendement de repli. Si l'amendement de Mme Primas était adopté, il faudrait le compléter par cette disposition. L'exclusion des maisons individuelles neuves du dispositif Jeanbrun est incompréhensible et pénalise les territoires ruraux et périurbains. C'est une question d'égalité de traitement et nous avons besoin de mobiliser tous les leviers. Toutes les autres conditions d'éligibilité seraient maintenues.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°271 rectifié bis de M. Bleunven et alii.

M. Yves Bleunven.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°209 rectifié ter de Mme Primas et alii.

Mme Sophie Primas.  - Un ascendant ou un descendant d'un propriétaire bénéficiant du Jeanbrun pourrait louer le logement, sauf s'il fait partie du même foyer fiscal - on ne peut pas avoir fromage et dessert ! Cela a bien fonctionné avec le Pinel.

Mme Audrey Linkenheld.  - Ça coûte combien ?

Mme la présidente.  - Amendement identique n°409 rectifié bis de Mme Berthet et alii.

Mme Martine Berthet.  - L'amendement encourage l'investissement locatif.

Mme la présidente.  - Amendement n°3 rectifié bis de M. Capo-Canellas et alii.

M. Vincent Capo-Canellas.  - Amendement de repli, qui vise à faire évoluer la condition du seuil minimal de 20 % de travaux pour bénéficier du dispositif Jeanbrun, en lui substituant une logique de progression énergétique plus réaliste : gain d'au moins deux classes pour les logements F ou G, et d'une classe pour les autres.

Par cohérence, il supprime également les conditions complémentaires relatives à l'atteinte de la classe D et à l'exclusion des chaudières fonctionnant aux énergies fossiles.

Mme la présidente.  - Amendement n°100 rectifié de Mme Belrhiti et alii.

Mme Béatrice Gosselin.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°210 rectifié ter de Mme Primas et alii.

Mme Sophie Primas.  - M. Capo-Canellas a dit l'essentiel. Cet amendement vise à permettre au dispositif Jeanbrun de fonctionner à plein régime. Nous voulons supprimer la quotité de travaux, car tous les biens n'ont pas la même valeur : d'après ChatGPT, le prix moyen d'un 25 mètres carrés est de 250 000 euros à Paris, contre 35 000 euros en Lozère. Alors 20 % de travaux, c'est 50 000 euros à Paris, mais seulement 7 000 euros en Lozère...

Nous souhaitons que les logements classés G passent en E, et non en D, le montant des travaux pour passer de G à D étant trop important. La rénovation des logements G et F, les passoires thermiques, est notre priorité. (M. Vincent Jeanbrun le confirme.)

Nous retirons aussi la condition relative aux chaudières qui fonctionnent avec des combustibles fossiles, car cela dépend des copropriétés : ne pénalisons pas le copropriétaire prêt à faire des travaux.

Mme la présidente.  - Amendement n°341 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Nous voulons maintenir à 30 % le seuil minimal de travaux ouvrant droit au dispositif Jeanbrun, pour pousser à de vraies rénovations. D, cela n'est pas suffisant.

Mais il y a aussi un enjeu de dépenses publiques. Vos amendements open bar vont coûter des milliards d'euros à la collectivité ! Je vous trouve un peu légers...

M. Vincent Capo-Canellas.  - Et la clim, ça coûte combien ? (Mme Audrey Linkenheld s'exclame.)

Mme la présidente.  - Amendement n°253 rectifié de M. Capo-Canellas et alii.

M. Vincent Capo-Canellas.  - Nous devons aussi tenir compte des spécificités des territoires ultramarins : les coûts de rénovation y sont plus élevés et les règles de calcul du DPE ne produisent pas toujours les mêmes résultats. Nous proposons donc que l'amélioration d'une seule classe y soit suffisante pour bénéficier du dispositif. C'est un complément utile à l'amendement de Mme Primas.

Mme la présidente.  - Amendement n°345 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Il y a 5,6 millions de mètres carrés de bureaux vacants ; nous soutenons évidemment leur transformation en logements, mais étendre le Jeanbrun à la transformation des locaux, sans étude d'impact, présente un vrai risque de dérive des finances publiques. Les investisseurs concernés ont les moyens de mener ces travaux.

Mme la présidente.  - Amendement n°252 rectifié de M. Capo-Canellas et alii.

M. Vincent Capo-Canellas.  - L'obligation d'atteindre au moins la classe D de performance énergétique et l'exclusion des logements équipés de chaudière à énergie fossile conduit à écarter les logements les plus énergivores - ceux que nous voulons prioritairement rénover et remettre sur le marché.

De ce que je comprends, l'amendement de la rapporteure prévoit une obligation de progression de la performance énergétique par saut de classe du DPE. Il répondrait alors largement à notre objectif.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°269 rectifié bis de Mme Berthet et alii.

Mme Martine Berthet.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°130 rectifié bis de M. Bleunven et alii.

M. Yves Bleunven.  - Nous maintenons l'éligibilité des pompes à chaleur (PAC) hybrides à la déduction fiscale lorsqu'elles associent une PAC électrique et une chaudière à très haute performance énergétique en appoint. En cas de grand froid, les PAC électriques sont moins efficaces que les PAC hybrides. Ces dernières sont en outre compatibles avec le développement des gaz renouvelables.

Mme la présidente.  - Amendement n°343 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Pour rendre le Jeanbrun plus efficace, nous intégrons aux exigences de rénovation le traitement de l'enveloppe du bâtiment afin de garantir le confort d'été. L'assouplissement prévu par l'article 4 fait peser un risque sur la qualité du parc locatif ; on octroie des avantages fiscaux considérables pour le seul changement d'un système de chauffage, sans amélioration de l'isolation du bâti.

Mme la présidente.  - Amendement n°334 rectifié de M. Canévet et alii.

M. Michel Canévet.  - Ne cédons pas au dogme du tout-électrique, mais conservons plusieurs sources d'alimentation en énergie. Notre réseau de gaz est très étendu, nous produisons du gaz vert, que nous devons valoriser. Nous avons vu les limites du tout-électrique lors de la canicule de 2022, lorsque les réacteurs nucléaires étaient à l'arrêt. (On s'en amuse sur les travées du GEST.) Ne mettons pas tous nos oeufs dans le même panier ! Le Jeanbrun doit pouvoir bénéficier à des chaudières non électriques.

Mme la présidente.  - Amendement n°335 rectifié de M. Canévet et alii.

M. Michel Canévet.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°105 rectifié bis de M. Chevalier et alii.

M. Cédric Chevalier.  - Cet amendement corrige une surtransposition qui interdit toutes les chaudières, y compris celles fonctionnant au biogaz ou au bioGPL. Il rétablit la distinction entre équipement et combustible posée par le droit européen, préserve la filière des chaudiéristes et n'entrave pas les investissements dans le biométhane et le bioGPL.

Mme la présidente.  - Amendement n°336 rectifié de M. Canévet et alii.

M. Michel Canévet.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°312 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - L'État doit concentrer ses efforts sur les 12 % de logements classés F ou G, les passoires thermiques. À partir de 2034, la classe D sera la moins performante autorisée sur le marché locatif. Les politiques publiques doivent encourager les rénovations pour atteindre la classe C, plutôt que D. C'est le sens de notre amendement.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°342 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Nous proposions A ou B, vous proposez D ; C, c'est un compromis. Il faut faire évoluer le parc vers des logements sobres en énergie. C'est une question de pouvoir d'achat, d'habitabilité d'été, de confort d'hiver. Le dispositif fiscal est très intéressant pour les propriétaires et les bailleurs, soyons exigeants en matière de rénovation thermique.

Mme la présidente.  - Amendement n°35 rectifié de M. Lurel et alii.

M. Victorin Lurel.  - Cet amendement vise l'amélioration de la performance énergétique, plutôt que la classe D. C'est plus adapté aux outre-mer.

Mme la présidente.  - Amendement n°337 rectifié de M. Canévet et alii.

M. Michel Canévet.  - Défendu.

Mme la présidente.  - Amendement n°36 rectifié de M. Lurel et alii.

M. Victorin Lurel.  - Il s'agit de revenir, pour les outre-mer, sur l'exclusion des locations consenties aux parents ou alliés jusqu'au deuxième degré du propriétaire bailleur du logement, qui nuit à l'attractivité du dispositif.

Mme la présidente.  - Amendement n°37 rectifié de M. Lurel et alii.

M. Victorin Lurel.  - À la demande de la fédération du BTP en Guadeloupe, nous cantonnons l'exclusion aux seuls membres d'un même foyer fiscal.

Mme la présidente.  - Amendement n°31 rectifié de Mme Pantel et alii.

M. Philippe Grosvalet.  - Cet amendement prévoit une petite rétroactivité ciblée et proportionnée, le but étant de produire davantage de logements.

Mme la présidente.  - Amendement n°38 rectifié de M. Lurel et alii.

M. Victorin Lurel.  - Nous prévoyons une rétroactivité à compter de la publication de la loi de finances initiale pour 2026 dans les seuls Drom.

Mme Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission.  - En application de l'article 44 alinéa 6, je demande que les amendements identiques nos209 rectifié ter, 409 rectifié bis et 210 rectifié bis soient mis aux voix en priorité.

La priorité, acceptée par le Gouvernement, est ordonnée.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Merci d'avoir appelé mes amendements en priorité. Les amendements nos209 rectifié ter et 210 rectifié ter élargissent l'éligibilité d'un certain nombre de logements en supprimant la quotité des travaux nécessaires ainsi que la condition de suppression des chaudières à gaz, et en se contentant de passer de la catégorie G à F, pour des raisons opérationnelles. L'amendement n°209 rectifié ter, lui, permet de louer à des ascendants ou descendants non membres du foyer fiscal.

Les amendements traitent de trois sujets principaux. D'abord, la question des maisons individuelles neuves, que nous avons écartées pour des raisons budgétaires. L'objectif prioritaire est la rénovation du bâti ancien, notamment rural. L'extension aux maisons individuelles neuves entre aussi en contradiction avec l'objectif de sobriété foncière.

Les amendements qui prévoient la rétroactivité du dispositif à partir de février 2026 sont satisfaits puisqu'il s'agit du même exercice fiscal.

Sur les outre-mer, ne modifions pas la rédaction du Gouvernement : les dispositifs visés à l'article 244 quater X du code général des impôts sont adaptés au climat local et aux conditions de chaque territoire.

M. Victorin Lurel.  - Certainement pas !

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Nos compatriotes ultramarins doivent bénéficier de la même ambition énergétique que les métropolitains. Ne progresser que d'un seuil sera peu ambitieux.

Je récapitule. Demande de retrait de tous ces amendements, hormis les amendements nos100 rectifié, 341, 253 rectifié, 345, 343, 35 rectifié et 38 rectifié, pour lesquels j'émets un avis défavorable. M. Jadot propose la lettre C et non D, ce qui rendrait le dispositif inopérant, tant le coût des travaux serait élevé. Les propriétaires auront plus intérêt à faire du meublé, ou du bail non officiel, voire à ne pas louer !

Ce dispositif est destiné aux petits propriétaires en logement collectif : imposer un geste sur l'enveloppe du bâtiment est inatteignable pour eux.

Les amendements relatifs aux chaudières seront satisfaits par les amendements nos209 rectifié ter et 210 rectifié ter, que je vous invite à voter, avec l'amendement n°409 rectifié bis.

Avis favorable à l'amendement n°3 rectifié bis s'il est rectifié pour être rendu identique à l'amendement n°210 rectifié ter.

M. Vincent Capo-Canellas.  - Je le rends identique.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Ce projet de loi a été travaillé avec l'équipe de France du logement. Il faut rendre le dispositif fiscal efficace et opérationnel, oui, mais aussi avoir en tête le contexte budgétaire. Le comité d'alerte des finances publiques s'est réuni ce matin : la prévision de croissance a été revue à la baisse, à 0,7 % ; il nous faudra trouver des milliards d'euros pour boucler 2026.

Même si j'aimerais faire plaisir à chacun, on ne peut se lancer sans étude d'impact dans une course à l'avantage fiscal !

Vu la situation des finances publiques, le Gouvernement sera défavorable à tous ces amendements, y compris ceux de Mme Primas.

M. Guillaume Gontard.  - Les exonérations fiscales coûtent de l'argent public ; il doit être utilisé efficacement. Or tous les critères qui permettraient une montée en gamme des logements - avec à la clé du confort et des économies pour les locataires - sont rejetés. La dépense fiscale ne profite qu'au propriétaire, pas au locataire !

Mme la rapporteure a parlé de chaudières à gaz, mais son amendement vise bien les chaudières à combustible fossile - donc au fioul. Or il n'est pas bien compliqué de changer une chaudière au fioul. Sans parler du coût des chèques énergie... Enfin, il faut réfléchir au DPE collectif, qui donnerait une vision globale sur les copropriétés.

M. Michel Canévet.  - Je mesure notre situation budgétaire, mais il faut relancer l'économie. Si l'on veut des rentrées de TVA, il faut relancer la production de logements ; si l'on veut des cotisations sociales, il faut doper l'activité ! Le tribunal de commerce de Quimper est inquiet de la situation des entreprises du BTP. Bref, il faut un plan de relance !

Je plaide pour que les maisons individuelles soient éligibles au nouveau dispositif, afin de pouvoir produire du logement aussi dans les communes rurales, qui n'ont pas toujours de bâtiments à rénover. Cela permettra d'y maintenir de la vie !

M. Yannick Jadot.  - On passera sur le fait que la rapporteure Primas demande la priorité sur le vote des amendements Primas...

Le Pinel a été critiqué pour son coût pour les finances publiques et son manque d'efficacité. Or, alors que les budgets de rénovation thermique sont réduits, que la RLS est maintenue, on dirigerait des milliards d'euros vers les propriétaires bailleurs ? Nous avons l'obligation morale d'encadrer ce dispositif, pour favoriser les plus modestes et les classes moyennes et nous assurer que l'argent public soit bien dépensé. Pour l'instant, c'est open bar : mise à disposition du logement aux enfants, éligibilité de toutes les chaudières... C'est excessif.

M. Ronan Dantec.  - J'ai goûté les propos keynésiens de notre collègue Canévet, généralement plus prompt à tailler dans les budgets... Un Bigouden keynésien, je prends ! (Sourires)

Tout à l'heure, lors de la réunion d'urgence sur la canicule, la ministre Bregeon faisait la promotion des PAC réversibles comme moyen d'adaptation au changement climatique.

On n'arrivera pas à réhabiliter massivement des logements en respectant l'orthodoxie financière. Peut-être recevrons-nous des financements européens ? Cela nous éviterait d'avoir à bricoler.

Alors que MaPrimeRénov' supprime les monogestes et privilégie les rénovations globales, ce texte fait l'inverse. On garde les chaudières fossiles, alors que la ministre de l'énergie plaide pour les PAC adossées sur l'électricité. Tout cela ne fait pas système !

M. Vincent Capo-Canellas.  - Nous avons tous en tête la situation de nos finances publiques.

Nos amis écologistes veulent restreindre le Jeanbrun ; nous, nous voulons l'étendre, pour relancer la croissance et partant, augmenter les recettes. Ainsi, si les maisons individuelles étaient incluses, cela rapporterait 200 millions d'euros de TVA, pour 5 000 maisons.

Monsieur le ministre, vous vous étiez trompés dans vos estimations ! Élargir le dispositif coûtera peut-être un peu plus cher, mais rapportera plus in fine et sera plus efficace.

M. Daniel Salmon.  - Une fois de plus, on aide un bailleur privé à investir. (Mme Dominique Estrosi Sassone soupire.) C'est louable, mais le propriétaire en retire un bénéfice, puisque son bien prend de la valeur. Ne serait-il pas plus juste de revaloriser le pouvoir d'achat ? Dans les années 1970, un ouvrier ou un employé pouvait accéder à la propriété avec son seul salaire ; désormais, un couple d'ouvriers ne deviendra jamais propriétaire. Il faudrait que l'argent public serve à gommer les inégalités dans la société, or la pluie tombe toujours là où le sol est mouillé !

M. Michel Canévet.  - Pas vrai ! Il faut se retrousser les manches !

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Notre objectif est de rendre le dispositif opérant, en remettant sur le marché les logements F et G, qui ne sont plus louables. À Paris ou à Lyon, les loyers pratiqués sont très supérieurs aux loyers encadrés. Nous voulons que soient loués des logements accessibles aux plus défavorisés - tout en respectant les équilibres budgétaires, c'est pourquoi la commission a écarté les maisons individuelles et les mesures visant les outre-mer.

M. Gontard veut une utilisation efficace de l'argent public. Bien sûr, mais rien n'interdit de solliciter l'épargne privée, qui atteint 6 000 milliards d'euros. Mettons-la dans l'investissement locatif !

Ce dispositif coûtera peut-être cher à l'État, mais remettra des logements sur le marché et fera travailler les entreprises du BTP.

Monsieur Gontard, vous avez raison sur les chaudières au fioul. Je rappelle que le dispositif s'adresse à des petits propriétaires - or c'est la copropriété qui décide du changement ou non de chaudière.

M. Guillaume Gontard.  - Il faut un DPE collectif.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - M. Jadot regrette la baisse des crédits publics dédiés à la rénovation - mais nous allons chercher l'épargne privée.

M. Yannick Jadot.  - Avec de l'argent public !

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Oui, un peu, car cela aura un effet cliquet. Rappelons que l'essentiel du parc est privé !

Monsieur Salmon, si vous ne gardez pas l'appartement pour lequel vous avez bénéficié d'un avantage fiscal, l'État ne perd pas d'argent grâce à la plus-value.

M. Michel Canévet.  - Absolument ! C'est gagnant !

À la demande du groupe Les Républicains, les amendements identiques nos209 rectifié ter et 409 rectifié bis sont mis aux voix par scrutin public.

Mme la présidente.  - Voici le résultat du scrutin n°332 :

Nombre de votants 342
Nombre de suffrages exprimés 326
Pour l'adoption 209
Contre 117

Les amendements identiques nos209 rectifié ter et 409 rectifié bis sont adoptés.

À la demande du groupe Les Républicains, les amendements identiques nos210 rectifié ter et 3 rectifié ter sont mis aux voix par scrutin public.

Mme la présidente.  - Voici le résultat du scrutin n°333 :

Nombre de votants 341
Nombre de suffrages exprimés 325
Pour l'adoption 208
Contre 117

Les amendements identiques nos210 rectifié ter et 3 rectifié ter sont adoptés.

Les amendements nos19 rectifié, 115 rectifié bis, 129 rectifié quinquies et 132 rectifié bis, nos18 rectifié bis et 134 rectifié bis, n°2 rectifié bis, nos20 rectifié, 22 rectifié, 133 rectifié bis et 281 rectifié ter, nos100 rectifié, 341 et 345, nos252 rectifié et 269 rectifié bis, nos130 rectifié bis, 343, 334 rectifié, 335 rectifié, 105 rectifié bis et 336 rectifié, nos312 rectifié bis et 342, nos35 rectifié, 337 rectifié, 36 rectifié et 37 rectifié n'ont plus d'objet.

Les amendements identiques nos4 rectifié et 271 rectifié bis ne sont pas adoptés, non plus que les amendements nos253 rectifié, 31 rectifié et 38 rectifié.

Mme la présidente.  - Amendement n°14 rectifié quater de Mme Lavarde et alii.

Mme Christine Lavarde.  - Partons dans le monde des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI)... Les SCPI permettent aux épargnants ne pouvant acheter un logement seul d'acheter des parts. En attirant l'épargne vers le logement, nous relançons le secteur.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis favorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Merci à Christine Lavarde, dont l'amendement sécurise le dispositif. Avec les SCPI, vous détenez une petite part de votre bien, de manière dématérialisée, mais sans le gérer. C'est un outil important pour permettre aux Français de mobiliser leur épargne en faveur du logement.

L'amendement n°14 rectifié quater est adopté.

Mme la présidente.  - Amendement n°106 rectifié bis de M. Chevalier et alii.

M. Cédric Chevalier.  - Cette fois, nous partons dans le monde rural. Nous voulons garantir l'accès au dispositif « Relance logement » pour les logements ruraux non desservis par le gaz ou la chaleur, dès lors qu'ils sont équipés d'une chaudière au bioGPL.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°367 de M. Delcros.

L'amendement identique n°367 n'est pas défendu.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Retrait, car satisfait. Nous avons supprimé la condition concernant les chaudières.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Par cohérence, avis défavorable.

L'amendement n°106 rectifié bis est retiré.

Mme la présidente.  - Amendement n°344 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Nous portons de neuf à douze ans la durée minimale pour bénéficier du dispositif Jeanbrun.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis défavorable. En effet, il existait des effets d'aubaine sur le Pinel, mais les durées de ce dispositif étaient passées de neuf à six ans. Une durée de neuf ans me semble équilibrée.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°344 n'est pas adopté.

Mme la présidente.  - Amendement n°320 rectifié de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - Nous souhaitons aller plus loin dans les contreparties sociales du dispositif Jeanbrun, en donnant un avantage fiscal lorsque le logement est géré par un organisme d'intermédiation locative. Deux tiers des publics logés en intermédiation locative sont des familles, dont la moitié sont monoparentales.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Je reconnais bien là la sensibilité de Viviane Artigalas. Toutefois, avis défavorable à cet amendement qui complexifie un dispositif comportant déjà six taux différents.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis. Le dispositif vient d'être mis en place : il faut d'abord stabiliser les critères.

L'amendement n°320 rectifié n'est pas adopté.

Mme la présidente.  - Amendement n°346 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Monsieur le ministre, le dispositif est très récent, dites-vous ? Mais de nombreux amendements ont été adoptés qui ne contribuent pas à sa stabilité.

L'argent public est mobilisé au service de l'argent privé ; attention aux effets d'aubaine.

Aussi, nous voulons plafonner le dispositif Jeanbrun à un maximum de deux logements par foyer fiscal.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis défavorable. En effet, il faut éviter la défiscalisation à outrance, mais le dispositif est calibré pour des investissements d'environ 200 000 ou 300 000 euros. En réalité, quel que soit le nombre de logements, tout est capé. Votre amendement rigidifie le système : ces avantages fiscaux peuvent s'appliquer à un logement à Paris, mais à trois dans le joli département de la Lozère.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

M. Daniel Salmon.  - Madame la rapporteure, vos explications nous rassurent : 3,5 % des propriétaires bailleurs possèdent 50 % des logements mis en location. Mais si le dispositif est capé, je vous fais confiance...

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Vous pouvez !

L'amendement n°346 n'est pas adopté.

L'article 4, modifié, est adopté.

Après l'article 4

Mme la présidente.  - Amendement n°108 rectifié de M. Fargeot et alii.

M. Daniel Fargeot.  - Cet amendement d'appel lance une réflexion visant à une simplification en matière fiscale : la distinction entre un logement loué nu ou meublé n'est plus adaptée.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Retrait. Cela dit, nous devons travailler sur ce chantier. Le logement souffre d'une incroyable complexité. Votre but est louable, mais votre amendement n'est pas opérationnel.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Monsieur Fargeot, je salue votre travail : votre amendement, structuré, ouvre des pistes de réflexion intéressantes. Mais ce sujet relève davantage du PLF : retrait. J'ai hâte qu'on en reparle ensemble.

M. Yannick Jadot.  - Que c'est beau !

M. Daniel Fargeot.  - Je participerai à ce beau chantier. Je retire mon amendement.

L'amendement n°108 rectifié est retiré.

Mme la présidente.  - Amendement n°124 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Nous prolongeons le dispositif Loc'Avantages, entré en vigueur le 1er janvier 2022. Une fois une convention signée avec l'Anah, il permet aux bailleurs privés d'obtenir une réduction d'impôt, moyennant la location de leur bien à des personnes ne dépassant pas un certain seuil de revenus. Nous proposons de passer à un crédit d'impôt, quand le propriétaire a recours à un organisme agréé.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis défavorable. Le dispositif n'est pas très visible. Il risque d'être supplanté par le dispositif Jeanbrun. Travaillons à leur harmonisation d'ici au prochain PLF.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Même avis.

L'amendement n°124 n'est pas adopté.

Mme la présidente.  - Amendement n°109 rectifié de M. Fargeot et alii.

M. Daniel Fargeot.  - Cet amendement complète le dispositif Jeanbrun. Pour relancer l'investissement locatif, il faut donner aux propriétaires les moyens de rénover leur patrimoine. Relever le plafond de déficit foncier, c'est lutter contre la vacance et encourager la location.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis défavorable. Le coût pour les finances publiques de ce dispositif est très élevé.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Retrait, en raison du contexte budgétaire, même si je salue l'ambition d'élargir le dispositif fiscal.

M. Daniel Fargeot.  - Relancer l'investissement locatif est une bonne chose à mon sens, mais je retire mon amendement.

L'amendement n°109 rectifié est retiré.

Mme la présidente.  - Amendement n°263 rectifié ter de Mme Havet et alii.

Mme Nadège Havet.  - Les communes en zone tendue peuvent augmenter la taxe d'habitation sur les résidences secondaires (THRS) après délibération du conseil municipal. L'amendement propose d'y inclure systématiquement les communes de nos îles. Ce serait une reconnaissance de nos problématiques de logement.

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - Avis du Gouvernement ?

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Retrait, sinon avis défavorable.

L'amendement n°263 rectifié ter est adopté et devient un article additionnel.

Mme la présidente.  - Amendement n°46 rectifié bis de M. Lurel et alii.

M. Victorin Lurel.  - Facilitons la taxation des logements vacants dans les outre-mer. En Guadeloupe, 19 communes sur 32 sont éligibles à la taxe sur les logements vacants (TLV). Il y a 15 % de vacance chez moi ; 16 000 personnes attendent un logement. Nous voulons de la cohérence. Puissions-nous avoir le même vote que sur l'amendement n°263 rectifié ter !

Mme Sophie Primas, rapporteur pour avis.  - La vacance importante en outre-mer se saisira du nouveau dispositif que nous adoptons dans ce texte. Avis du Gouvernement, notamment sur la question de la liberté des communes ?

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - La lutte contre le logement vacant est un enjeu majeur. En réduisant le nombre de communes caractérisées par un déséquilibre entre l'offre et la demande de logement, cet amendement est contradictoire avec l'objectif de lutte contre la vacance. Avis défavorable assumé.

M. Victorin Lurel.  - Pardon, mais je ne comprends rien à vos arguments, cher ministre !

Nous voulons prendre nos responsabilités et vous émettez un avis défavorable ?

Mme Micheline Jacques.  - La proposition de M. Lurel est pleine de bon sens. Il y a trop de logements vacants dans nos territoires, alors que les besoins sont immenses. Je vous invite à voter cet amendement.

L'amendement n°46 rectifié bis est adopté et devient un article additionnel.

Article 5

Mme la présidente.  - Amendement n°79 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Défendu.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - On préfère que les services des ministères travaillent sur des projets précis plutôt que sur un rapport. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Retrait sinon avis défavorable. Le Gouvernement a devancé vos attentes pour La Défense : les travaux de l'Atelier des territoires 2025 y pourvoient.

L'amendement n°79 n'est pas adopté.

L'article 5 est adopté.

Article 6

M. Victorin Lurel .  - Monsieur le ministre, le 19 avril, j'ai adressé un long courrier au Premier ministre. J'ai reçu un cri d'alarme des acteurs du BTP ce matin. Une crise se prépare en Guadeloupe, comme dans tous les outre-mer. Le préfet ne reçoit pas ; les collectivités territoriales, elles, les ont reçus. Il y a une file d'attente considérable devant les tribunaux en Martinique, en Guyane et en Guadeloupe.

Sur la ligne budgétaire unique (LBU), on recevait 60 millions d'euros en 2014. Aujourd'hui, on ne reçoit plus que 15 millions d'euros, alors que nous avions voté 24 millions d'euros. Ce qui est voté par le Parlement n'est pas notifié aux représentants de l'État.

Ensuite, il y a des délais de paiement. Le directeur général de la sécurité sociale m'a reçu, mais les délais ne sont pas respectés. L'État est aux abonnés absents. On reçoit des oukases ; le dialogue est rompu.

Pardonnez-moi, monsieur le ministre, mais réveillez-vous !

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Je vous ai entendu. Je travaillerai avec ma collègue des outre-mer sur le financement du logement social. La LBU a diminué de manière significative. Nous dialoguons avec Action Logement pour sécuriser la production de logement ; c'est important pour maintenir l'activité du bâtiment. Je suis à votre disposition. (M. Victorin Lurel apprécie.)

Mme la présidente.  - Amendement n°56 de Mme Margaté et du groupe CRCE-K.

Mme Marianne Margaté.  - Cet article est un contresens social et écologique. Sans moyen supplémentaire pour la rénovation, vous condamnez les locataires à vivre dans un logement indigne. Il ne faut pas multiplier les interdictions de location, mais aider l'Anah à accompagner les rénovations. L'objectif de rénovation globale du parc en 2050 s'éloigne. Assouplir les règles sans accompagner grâce à des leviers financiers est une mauvaise idée.

En 2022, quelque 61 600 personnes sont mortes de chaleur en juin, juillet et août ; la France a enregistré le quatrième taux de mortalité le plus élevé en Europe. Vivre sous les toits multiplie le risque de décès par quatre, dans un îlot de chaleur par trois. Et nous ne connaissons pas le bilan de la dernière canicule.

Cet article prévoit non pas de remettre 700 000 logements sur le marché, mais d'exposer plusieurs millions de locataires à des températures insoutenables, faute de solutions concrètes pour la rénovation. Supprimons l'article.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°313 rectifié bis de Mme Artigalas et du groupe SER.

Mme Viviane Artigalas.  - Sous couvert de clarification, le projet de loi remet en cause le calendrier des obligations de décence énergétique et entérine son report. Or 37 % des passoires thermiques sont occupées par des ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté.

La lutte contre les passoires thermiques devrait constituer une priorité absolue de nos politiques publiques.

Plus de 500 000 logements locatifs sont impropres à la location. Cette situation est la conséquence d'une politique de rénovation énergétique qui n'a pas donné la priorité aux logements énergivores. Considérer comme décents les logements G + et G pénalisera les personnes les plus modestes.

Il nous faut une politique publique bien plus ambitieuse. Je regrette que l'expérimentation de la décentralisation des aides MaPrimeRénov' aux intercommunalités n'ait pu être débattue. Supprimons l'article.

Mme la présidente.  - Amendement identique n°347 de M. Jadot et alii.

M. Yannick Jadot.  - Dans les passoires thermiques, dans les bouilloires thermiques, lors des canicules, des centaines de personnes sont décédées ou vont décéder. Et vous proposez de reporter la mise en conformité énergétique des logements... C'est contraire à ce que vivent nos compatriotes. Cela fait dix ans qu'on en parle. Les propriétaires avaient le temps de s'adapter. Il y a eu un projet politique délibéré de déstabiliser les règles, malgré la volonté de beaucoup de rénover.

Supprimons l'article. Ne reportons pas ces obligations de décence, alors que nos concitoyens meurent dans des logements F et G.

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Nous partageons l'objectif de rénovation des passoires thermiques, qui mettent à mal les conditions de vie de nos concitoyens. Aucune disposition ne remet en cause le calendrier. Notre approche, pragmatique, intègre la difficulté qu'ont les propriétaires à rénover leur logement ; nous leur accordons un délai supplémentaire lorsqu'ils sont engagés dans une démarche de rénovation. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Avis défavorable. Cette disposition, issue de la proposition de loi Gacquerre, est d'utilité publique. Sortons de la caricature : nous cherchons à accélérer la rénovation des logements indécents. C'est quatre fois gagnant : pour le propriétaire, pour les locataires, pour l'économie et pour la planète. Sans cela, 700 000 logements sortiront du marché ; les familles s'endetteront pour acheter une passoire ou une bouilloire thermique qu'elles n'auront pas les moyens de rénover. On fait croire à des gens qu'ils peuvent acheter pas cher, et ils auront les dents qui claquent en hiver parce qu'il fait trop froid... Pas d'hypocrisie.

Les moyens de l'Anah ont été maintenus. Notre objectif est de 120 000 rénovations cette année, contre 103 000 l'an dernier. Ian Brossat souhaitait 20 milliards d'euros... Mais il faut les trouver ! Les aides personnalisées au logement (APL) représentent à elles seules 17 milliards d'euros ! Soyons raisonnables.

M. Daniel Salmon.  - Nous ne respectons pas notre trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Au nom du pragmatisme, on repousse nos échéances, on reporte à demain ce qu'on devait faire hier ou avant-hier. Nous allons droit dans le mur ; lorsqu'on investit dans la rénovation thermique, il y a des rentrées fiscales pour l'État. Si l'on n'oblige pas les propriétaires à rénover, les choses vont traîner. Et il n'y a pas que des petits propriétaires. On tergiverse, alors que la canicule est là. Vous êtes aux manettes, il vous faut une vision et un cap. On n'en peut plus de l'inaction !

Mme Viviane Artigalas.  - Vous semblez découvrir maintenant que des logements vont sortir du marché en raison des dispositions de la loi Climat et résilience. À l'époque, nous vous avions alerté : sans moyens, le calendrier était intenable.

Plutôt que de renoncer à nos objectifs de décence énergétique, nous devons donner des moyens, pour que la rénovation énergétique des logements soit plus efficace.

M. Victorin Lurel.  - Bravo !

M. Guillaume Gontard.  - On ne découvre pas aujourd'hui que 5 millions de Français vivent dans des passoires thermiques. Des alertes ont été lancées. Les dispositifs n'ont pas été suffisants : MaPrimeRénov', notamment. Or le dispositif a été arrêté l'an dernier, non pas pour mieux lutter contre les fraudes, comme cela a été présenté, mais faute de budget ! Pourtant, le dispositif fonctionnait bien. Les foyers les moins aisés recevaient 70 000 euros pour réaliser leur rénovation. Et en pleine canicule, après être revenus à une rénovation par geste au lieu de la rénovation globale, vous supprimez l'isolation des combles ! On ne comprend plus rien.

Et vous venez de mettre fin à votre programme de recherche sur l'isolation thermique des bâtiments. On paie le prix de votre politique.

Mme Marianne Margaté.  - Vous convoquez toujours le pauvre propriétaire qui n'a pas les moyens de faire les travaux... Mais la moitié des passoires énergétiques appartiennent aux 20 % des ménages les plus riches ! Ils ont bien compris qu'il fallait faire durer, pour que les obligations s'éloignent. Il faut accompagner les petits propriétaires modestes.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - Madame Artigalas, je découvre d'autant moins cette question que, jeune député, j'en ai débattu en 2024 lors de l'examen de la proposition de loi d'Inaki Echaniz, membre du groupe socialiste, qui proposait à peu de chose près le dispositif qui vous est soumis...

Monsieur Gontard, les stop and go touchant MaPrimeRénov' sont en effet délétères. L'un a été lié à la fraude, mais un autre, permettez-moi de vous le rappeler, à la loi spéciale de début 2026. On ne peut pas à la fois critiquer ces à-coups et censurer à tour de bras un gouvernement qui essaie de faire avancer ces sujets.

Beaucoup de logements ont été rénovés depuis dix ans, grâce aux dispositifs mis en place : fonds vert, MaPrimeRénov'.

De petits propriétaires qui souhaitent faire les travaux n'en ont pas les moyens. C'est ceux-là qu'il faut aider. Nous voulons notamment aller plus loin sur les règles de copropriété : bien souvent, les propriétaires ne possèdent qu'un seul logement et ne peuvent emporter la décision de rénovation. Il y a aussi des propriétaires très âgés qui n'ont plus l'envie ou la possibilité d'agir. Il faut donc accompagner les propriétaires, via des outils nouveaux.

Nous souhaitons que les 700 000 passoires F et G soient rénovées d'ici à cinq ans. Cet objectif mériterait un soutien transpartisan.

Les amendements identiques nos56, 313 rectifié bis et 347 ne sont pas adoptés.

Mme la présidente.  - Amendement n°33 rectifié bis de Mme Muller-Bronn et alii.

Mme Laurence Muller-Bronn.  - Nous proposons de revenir à la version informative, donc non opposable, du DPE, devenu un facteur majeur de la crise du logement. Il contribue à retirer des centaines de milliers de logements de la location. En outre, sa fiabilité scientifique est sujette à caution. Je suis sénatrice du Bas-Rhin : de l'autre côté du Rhin, le DPE est informatif et ne bloque pas l'accès au logement !

Mme Amel Gacquerre, rapporteure.  - Nous ne voulons pas revenir sur la notion de décence énergétique ni sur le calendrier de rénovation des logements. Les enjeux sont multiples, notamment économiques. Avis défavorable.

M. Vincent Jeanbrun, ministre.  - En effet, madame Muller-Bronn, nous avons choisi un dispositif différent de ceux d'autres pays. La canicule que nous vivons nous interpelle sur notre obligation collective de transition du bâti, tandis que les enjeux de souveraineté nous poussent à mettre en place un grand plan d'électrification. Le DPE est perfectible, j'en suis le premier convaincu, mais il envoie un message clair : nous devons rénover notre bâti, pour la planète comme pour les générations futures, auxquelles nous devons laisser des logements habitables au regard des conditions futures. Avis défavorable.

M. Guillaume Gontard.  - Il faut conserver le DPE ! C'est un outil indispensable : ce n'est pas parce que vous supprimerez l'indicateur que la situation de votre logement s'améliorera... Nous devrions même aller beaucoup plus loin en instaurant un carnet de santé du bâtiment.

Monsieur le ministre, il faut instaurer un DPE collectif pour les copropriétés - cela peut être fait par décret. Voilà longtemps que nous le proposons.

Mme Sabine Drexler.  - Je voterai cet amendement. Le DPE opposable, inadapté, ne prend pas en compte les spécificités du bâti ancien. Les diagnostiqueurs cochent des valeurs par défaut et le bâti ancien bascule dans des catégories F ou G, ce qui le condamne à rester vacant. Résultat : des agences immobilières achètent le bien au prix du terrain et démolissent le bâti pour revendre le terrain au prix fort, car le ZAN accroît la valeur des parcelles en coeur de bourg.

L'amendement n°33 rectifié bis n'est pas adopté.

Mme la présidente.  - Nous avons examiné 105 amendements ; il en reste 150 à examiner sur ce texte.

Prochaine séance aujourd'hui, mercredi 8 juillet 2026, à 15 heures.

La séance est levée à minuit quarante-cinq.

Pour le Directeur des Comptes rendus du Sénat,

Rosalie Delpech

Chef de publication

Ordre du jour du mercredi 8 juillet 2026

Séance publique

À 15 heures, 16 h 30 et le soir

Présidence : M. Gérard Larcher, président, M. Xavier Iacovelli, vice-président, M. Loïc Hervé, vice-président

1Questions d'actualité au Gouvernement

2. Suite du projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement (procédure accélérée) (texte de la commission, n°835, 2025-2026)